CHAPITRE XI
maisons régnantes, pour la rendre commune à tous les Héraclides. D'autres disent qu'il voulait étendre le droit de la porter, non seulement à tous les Héraclides, mais encore à tous les Spartiates, afin qu'elle pût passer à quiconque s'en rendrait digne par sa vertu. Comme ce héros était monté, par son propre mérite au premier rang, dans l'estime publique de la Grèce, il espérait bien que lorsque la royauté serait adjugée comme le prix des talents, aucun Spartiate ne lui serait préféré. »
Lysandre s'attaquait à une institution ancienne et respectée. Il est vrai qu'elle avait perdu beaucoup de son prestige et de son pouvoir. Mais c'était précisément ce qui la rendait chère à l'oligarchie Spartiate. En la conservant dans les conditions anciennes, on n'avait rien à craindre d'elle, et l'on repoussait une nouveauté.
Si la réforme projetée avait permis de donner la couronne à Lysandre, elle aurait implicitement changé la condition de ses concitoyens. La classe privilégiée perdait ses droits, en les partageant avec ceux qu'elle avait, jusqu'alors, repoussés dans une situation inférieure.
L'opposition devait donc être vigoureuse. Elle le fut, et de la part de ceux dont Lysandre avait espéré l'appui.
Il est rare que l'on se fasse l'instrument volontaire de sa propre déchéance. Lysandre avait cru que les rois seconderaient le projet qui les dépouillait; mais ils ne furent ni aussi dociles, ni aussi impuissants qu'il l'aurait voulu, et Agésilas qui, sous l'apparence du désintéressement, cachait une ambition person-
INSTITUTIONS DE SPABTE
nelle, parut assez redoutable pour qu'on dût l'éloigner.
Il fut chargé de faire la guerre au grand roi (397), et Lysandre vit tomber toutes ses espérances.
L'amour de la nouveauté s'introduisait à Sparte. La gloire était sans doute la complice de Lysandre comme elle l'avait été de Pausanias, mais leurs tentatives prouvaient que la ville de Lycurgue n'était plus elle-même. Lysandre avait des partisans, et lorsqu'il tomba (395) dans une bataille contre les Thébains, sa mort fut pleurée. (( La mort malheureuse de Lysandre, dit Plutarque (1), affligea tellement les Spartiates, qu'ils intentèrent au roi Pausanias une accusation capitale. Mais il ne voulut pas attendre le jugement et s'enfuit à Tégée, où il se mit comme suppliant, sous la protection d'Athéna, et il y passa le reste de ses jours. »
Avec le nombre des Spartiates, diminuait l'attachement à la vieille constitution, et les tentatives de révolution devaient se multiplier.
Les éphores créaient des difficultés par leur ambition, et des dangers par leur despotisme. Gléarque avait fait avec gloire la guerre contre Athènes. A la paix, il gagna les éphores et porta ses soldats en Thrace. Jaloux de ses succès, et peut-être effrayés de son ambition, les éphores le sommèrent de revenir. Il fit voile vers l'Heilespont. Les magistrats de Sparte le condamnèrent à mort pour refus d'obéissance. Il renonça à revoir sa patrie, alla trouver Gyrus, gagna sa confiance, reçut son argent, et mit à sa disposition moyennant dix mille dariques un corps de troupes
(1) Lysandre, 36.