CHAPITRE XT
qu'il commanda, lorsque l'armée fut conduite contre Artaxercès. Les généraux pouvaient donc devenir redoutables à Sparte (1).
5. Ce que lagloire du vainqueur d'iEgos-Potamos n'avait pu obtenir, un simple citoyen tenta de l'emporter par la surprise et la violence.
Cinadon supportait impatiemment que les égaux fussent tout, et les inférieurs rien. Le petit nombre des privilégiés rendait l'exclusion plus humiliante, et la revendication plus facile.
Le complot fut découvert, et Cinadon paya de sa vie sa tentative avortée. « Je ne voulais pas de maître à Lacédémone, » répondit-il, quand on lui demanda le but qu'il poursuivait.
C'est le langage des ambitions les plus effrénées. L'intérêt public est le masque sous lequel on dérobe les vues personnelles. Cinadon s'attaquait, non à des hommes, mais à une institution, et le changement qu'il poursuivait aurait été une révolution profonde. Sparte, on le sait, était condamnée à ne rien changer. Cinadon, qui avait certainement pour lui le nombre, se heurta contre un régime établi, et, quelque grands que fussent les abus, ils ne purent prévaloir sur la tradition et la renverser.
La formule d'opposition contre les Spartiates, qui diminuaient de jour en jour, était trouvée. Mais, au dedans, les éphores, au dehors les harmostes, soutenaient par la vigueur de leur gouvernement et l'impitoyable exercice de leur tyrannie, un pouvoir qui ne reposait plus ni sur le nombre, ni sur la vertu des citoyens.
(1) Voir Anahase, I, \, il, 6.
IXSTITUTI©>'S DE SPARTE
L'or des Perses armait la Grèce contre elle-même, attaquant avec une incomparable mobilité, tout pouvoir qui s'élevait. Le traité d'Antalcidas (387), que Xénophon trouve glorieux pour Sparte (i), et qui ne fat que la consécration de l'abaissement de la Grèce, donna du moins la paix. Mais Sparte oubliant ses intérêts, n'écouta que sa passion de dominer; elle souleva de tout côté des animosités par ses interventions hautaines, et suscita des guerres par les efforts qu'elle fit pour établir partout des gouvernements formés à l'image du sien.
(L Par le traité d'Antalcidas, dit quelqu'un, les Lacédémoniens persisent ; dites, répondit Agésilas, que les Perses laconisent (-2). » Il est possible qu'un Spartiate put se faire illusion, et qu'il crut la Grèce sauvée, dès que les intérêts de Sparte paraissaient triomphants. Il n'en est pas moins certain que, par ce traité, la Grèce perdait tout le fruit de ses héroïques sacrifices. Les villes grecques de TAsie- Mineure et la mer Egée étaient au grand roi, à qui on les avait jusqu'alors disputés.
L'égoïsme seul d'un Spartiate pouvait ne pas s'en apercevoir.
Pour la seconde fois, elle perdit l'hégémonie de la Grèce. Aprèslesguerres médiques, lagloire d'Athènes éclipsa la sienne. Elle eut le second rang, mais ne perdit rien de sa force. Après la guerre du Péloponèse, elle fut victime de ses propres fautes, et l'élévation de Thèbes, quelque éphémère qu'elle fut, l'abattit pour toujours. Elle n'avait pas su porter
(1) Helléniques.
(2) Plutarque , Agésilas, 27.