‹ Institutions de SparteChapitre 237 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sa haute fortune, elle ne devait plus avoir ni l'occasion, ni l'énergie, ni même la volonté de la reconquérir.

Ainsi, les leçons les plus dures trouvent les peuples insensibles, et il arrive un moment où ils perdent jusqu'à rintelligence des moyens qui pourraient les sauver.

Les dernières révolutions.

1. Lorsque Thèbes eut rejeté le joug lacédémonien, Sparte allégea les charges des villes soumises. Il était trop tard.

Elle avait partout des ennemis, et la décadence de ses mœurs avait amené celle de ses armes.

En 394, elle avait perdu à Cnide cinquante trirèmes, sur quatre-vingt-cinq dont se composait sa flotte. En 376, près de Naxos, elle en perdit quaranteneuf. En 371, elle fut battue à Leuctres, et l'énergie doQt elle donna le spectacle, la froide et stoïque indifférence qu'elle montra pour supporter ce désastre, ne firent illusion qu'à elle-même. La Grèce suivait la marche ininterrompue de cette décadence, et en 362^ Mantinée compléta Leuctres, aux applaudissements de ceux qui avaient été les amis ou les alliés de Sparte, et qui se plaignaient d'être ses victimes.

Avant cette action décisive, Epaminondas avait menacé la ville elle-même, ce sanctuaire qui paraissait inviolable, et Agésilas arriva au moment

opportun pour repousser une armée qui, capable de tenter une surprise, n'osa pas attaquer de force une ville ouverte.

La prépondérance de Thèbes tenait à un homme; elle tomba avec lui. Sparte humiliée et affaiblie ne se releva pas. Elle avait subi la loi de Thèbes, elle subit celle de la Macédoine.

Le patriotisme n'était pourtant pas mort, ni la valeur brisée. Elle put répondre en 34o, avec son fier laconisme à Philippe, mais ne parut pas à Chéronée. Elle n'accepta pas la suprématie macédonienne et ne fournit pas de soldats à Alexandre, dont elle accueillit avec indifférence la divinité, et contre qui elle se souleva, au moment où il était vainqueur à Arbelles.

Lorsque, après la mort du conquérant, la Grèce essaya d'échapper à la domination macédonienne, Sparte resta à l'écart. Sa jalousie était d'accord avec son impuissance. Seule elle ne pouvait rien. Il ne lui convenait pas de tenter quelque chose avec des alliances.

Elle se défendit vaillamment contre Pyrrhus (î273), et resta isolée au moment où se formait, avec un dessein généreux et une sage organisation, la ligue achéennc. Elle y entra comme alliée en 229, et des expéditions heureuses montrèrent que, malgré l'état de la cité, le courage était encore le lot du Spartiate.

Sa situation intérieure formait avec son passé, le contraste le plus frappant et le plus douloureux. Avec la diminution de la population, les terres restées sans maître, avaient été réunies en quelques mains, et formaient d'immenses domaines. Le père de famille avait pu disposer de son héritage et le

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