CHAPITRE XI
principe de la transmission des lots territoriaux sur la tête de l'aîné, se trouvait sinon aboli, du moins affaibli dans une proportion considérable.
Le gouvernement était à quelques-uns ; les autres, qui n'avaient pas de patrimoine à défendre, se désintéressaient de tout, excepté des conspirations par lesquelles ils espéraient provoquer des troubles dont ils profiteraient. En même temps, l'amour de l'or et l'appât d'une guerre lointaine et aventureuse, armaiéht des milliers de citoyens qui prodiguaient leur sang pour des maîtres d'un moment, et le refusaient à la patrie.
2. Agis III (244) vit toute la profondeur du mal. Il essaya d'y porter remède. La richesse scandâleuse de quelques-uns, rendait plus profonde et plus insupportable la misère du grand nombre. L'équilibre, depuis longtemps détruit, ouvrait la voie à l'imprévu, et l'ancienne discipline n'était plus qu'une vaine et trompeuse formalité. Ce qui restaiiue la constitution ne servait qu'à dissimuler la corruption des mœurs et l'impuissance des lois.
L'éducation était la même, les repas publics se conservaient, mais l'esprit discipliné, austère et fécond avait disparu. Des étrangers, non citoyens, mais riches et ambitieux, étaient tout-puissants dans cette ville autrefois fermée à tous. Les villes voisines, les États du Péloponèse, n'avaient ni confiance dans ses promesses, ni respect pour ses volontés, ni estime pour sa politique. Sparte n'était que l'ombre d'elle-même.
Agis crut être assez fort pour ramener sa patrie à son ancienne grandeur. Dans ce but, il essaya de
relever Tesprit du peuple et rascendant de l'État. Il commença par se réformer lui-même, persuadé que le moyen le plus sûr d'amener ses concitoyens à ses projets, c'était de donner l'exemple. /
Après s'être soumis à l'austère discipline de Lycurgue, et avoir renoncé à ses biens, il fit remettre au trésor public six cents talents qu'il avait recueillis dans son héritage, et détermina sa mère, son aïeule, dont les possessions étaient immenses, ses parents et ses amis à faire à la patrie ce sacrifice qui devait entraîner tous les autres. Puis, il abolit les dettes, partagea la Laconie en dix-neuf mille cinq cents lots, en distribua quinze mille aux Laconiens en état de porter les armes, en réserva quatre mille cinq cents pour les Spartiates qui furent formés d'un petit nombre de descendants des Doriens et d'un grand nombre d'étrangers remplissant les conditions de santé, de force et d'éducation que réclamait l'ancienne constitution, et s'efforça de tout ramener à la forme primitive.
Il comptait sur le sénat, et lui demanda son adhésion. L'opposition de son collègue Léonidas, fit rejeter à une voix de majorité cette réforme, qui fut déclarée illégale.
Agis se vengea en faisant déposer Léonidas, qui avait épousé une étrangère, et résidait hors de la Laconie.
Mais les éphores qui avaient secondé ses projets, en déposant Léonidas et mettant à sa place son gendre Cléombrote, furent remplacés par des magistrats hostiles. Il les chassa et confia le pouvoir à cinq de ses amis. En violant l'éphorat, il tenait encore à en conserver la forme.