CHAPITRE XI
L'un d'eux, Agésilas, consentit bien à l'abolition des dettes, mais il prétendit garder ses terres.
Toutes les obligations des débiteurs furent brûlées au milieu des plaintes et du désespoir des riches et des banquiers. « Je n'ai jamais vu de feu si brillant, ni de flamme plus claire, » dit Agésilas. Le sacrifice qu'il imposait aux autres, il le repoussait pour luimême.
En ce moment, Aratus demanda à Sparte le secours qu'elle devait aux Achéens. Agis partit. Son armée fit l'admiration des alliés. «Les Grecs se demandaient avec étonnement quelle devait être la discipline des armées de Sparte, lorsqu'elles marchaient sous les ordres d'un Agésilas, d'un Lysandre, ou de l'ancien Léonidas, puisque celleque commandait Agis montrait tant de respect et de crainte pour un chef plus jeune qu'aucun de ses soldats (1). »
Son absence de la ville lui fut fatale.
Les pauvres, qui l'avaient soutenu, crurent facilement à sa trahison, puisqu'il ne les avait pas rendus riches, et à son retour, il trouva Léonidas au pouvoir. Ne pas réussir, c^est être condamné. Il se réfugia dans un temple d'où on le fit sortir par trahison. Un tribunal exceptionnel le condamna à mort, et il fut étranglé dans sa prison (235). « En souffrant, au mépris des lois, une mort si injuste, s'écria-t-il, je suis plus heureux que ceux qui m'y condamnent (2). »
3. Les éphores qui avaient formé le tribunal montraient, une fois de plus, que leur institution, non moins que leur ambition, était l'ennemie de la
(1) Plutàrque, 15.
(2) Plutarque, Agis, 20.
royauté. « Agis est le premier des rois de Sparte, dit Pliitarque (1), que les éphores aient fait mourir pour avoir formé un projet de changement dans l'État, aussi grand en soi, que convenable à la dignité de Sparte. »
Agis eut le tort, que l'on ne pardonne guère, de n'avoir pas réussi. Il voulait le bien de Sparte, et sa réforme eut pu arrêter sur la pente de la décadence. Son défaut fut d'être trop complète et de procéder révolutionnairement. Elle avait pour elle les passions de la multitude, et les passions, si elles élèvent, sont incapables de maintenir.
Ces faits qui n'auraient pas paru extraordinaires dans d'autres cités de la Grèce, habituées aux révolutions, montrent combien tout était changé à Sparte, la cité immobile par excellence. Le mal y était profond, et le remède semblait impossible.
Léonidas resta seul roi. Il fit épouser à son fils Cléomène, la veuve d'Agis, Agiatis, qui avait d'immenses richesses.
Sous l'inspiration de cette femme énergique et ambitieuse, Gléomène devenu roi (231), reprit les projets d'Agis.
<( Il vit tous les Spartiates plongés dans la corruption : les riches, esclaves de l'avarice et de la volupté, sacrifiaient à leurs passions l'intérêt public. Le peuple, pressé par la misère, se portait mollement à la guerre et avait perdu jusqu'à l'ambition de bien élever ses enfants. Le roi lui-même n'avait qu'un vain titre. Tout le pouvoir était entre les mains des éphores (2) . »
(1) Agis, n.
(2) Plutarque, Cléomène, 25.