CHAPITRE XI
éphores et s'était emparé du pouvoir qu'il prétendait exercer seul ne fut pas longue.
Polybe ditque « la qualité de successeur d'Hercule et de roi de Sparte ne lui coûta qu'autant de talents qu'il y avait d'éphores. »
Il semblait que Sparte, même dégénérée, ne put supporter la tyrannie. Mais sa révolte contre cette humiliation ne durait pas : après le massacre quatre fois renouvelé des éphores, après une série de révolutions, dont chacune faisait des victimes, elle tomba aux mains du tyran Machanidas, et bientôt de l'infâme Nabis (1) (205-192).
Ce Nabis s'appuyait à l'intérieur sur la multitude corrompue. Il lui promettait et lui accordait, dans une certaine mesure, l'abolition des dettes et le partage des terres. Au dehors, il favorisait l'ennemi qui allait profiter de toutes ces divisions.
Les Romains étaient en Grèce, et Nabis seconda leur politique. Dans sa décadence comme aux jours de sa prospérité, Sparte ne voyait qu'elle-même, et l'égoïsme était l'inspiration de ses actes.
En 197, Flamininus, vainqueur à Cynoscéphales, avait proclamé aux Jeux Islhmiques la liberté des peuples de la Grèce. Les Lacédémoniens ne furent pas nommés dans l'énumération de ceux qui étaient appelés à ce bienfait trompeur. Le tyran Nabis faisait les affaires de l'étranger.
Philopœmen vengea cet outrage à la nationalité grecque par la prise de Sparte, la mort d'un certain nombre de ses habitants, la -destruction de ses murs,
{{) Polybe (Xm, 7 et XVI, 19,) fait un saisissant tableau de cette épouvantable tyrannie.
la suppression de ses institutions, Texil ou la vente de plusieurs milliers de citoyens.
Sparte se plaignit à Rome et se mit sous sa protection.
Lorsque, en 1^16, Corinthe est prise et la Grèce réduite en province romaine, sous le nom d'Achaïe, Sparte se soumet sans peine. Qae lui importait la Grèce? qu avait-elle à faire de la liberté? Il lui suffisait de vivre.
On ne peut pas croire à la chute fatale des peuples. S'ils sont réduits à l'impuissance et s'ils périssent, c'est toujours par leur faute. La responsabilité, sans doute, à des degrés, mais celle de Sparte n'est amoindrie ni par l'état de la Grèce, ni par la valeur conquérante de Rome.
Si elle avait succombé après avoir conservé ou recouvré son gouvernement et ses institutions, elle eut laissé un grand exemple, et sa chute aurait eu plus de retentissement que sa grandeur. Elle eut, du moins, provoqué une sympathie qui, transmise de siècle en siècle, aurait fait à ses derniers moments une auréole glorieuse.
Dégénérée, elle tomba sans éclat et peut-être sans regret.
Il faut pourtant reconnaître qu'elle ne pouvait se sauver qu'à la condition de rester ou de redevenir