CHAPITRE II
les deux fils d'Arislodémos, Sparte; Cresphontès, Messène (1). D'après Platon (2), les trois villes contractèrent une étroite alliance, pour résister aux révoltes intérieures, et repousser une invasion asiatique, qui paraissait menaçante comme revanche de la guerre de Troie.
Les peuples etles souverains asiatiques proclamaient ainsi la solidarité de la Grèce. Vaincus dans un duel terrible, ils n^avaient renoncé ni à la domination dans la mer Egée, ni à la suprématie d'opinion et d'influence que la chute de Troie leur avait enlevée. La Grèce était toujours V ennemi, etla suite de l'histoire montre, des deux côtés, les mêmes sentiments et les mêmes dispositions.
Les Achéens, qui, d'après Strabon (3), formaient la population primitive du Péloponèse, où ils étaient venus de Phthie, avecPélops, s'arrêtèrent au nord, dans la contrée qui garda leur nom et demandèrent aux Ioniens un partage des terres. Les Ioniens refusèrent, furent vaincus, se retirèrent en Attique, et prirent part, en grand nombre, à l'émigration qui eut lieu peu de temps après, sous la conduite de Nélée, fils de Godros, sur les côtes de l'Asie-Mineure, où ils rencontrèrent d'autres Ioniens, depuis longtemps maîtres de la mer par le commerce.
Le retour des Héraclides est le point important de l'histoire du Péloponèse. Il n'en fait pas l'unité, que l'extrême division du territoire rendait impossible, mais il met fin aux mouvements généraux des peuples,
(1) Apollodore, II, 8, 3.
(2) Lois, m.
(3) vm.
et achève l'établissement d'une race qui, avec la confiance de sa force et Tardente ténacité de son caractère, put prétendre à la domination.
Des émigrations en furent la suite. La conquête avait des conséquences différentes, selon l'esprit des populations et les exigences des vainqueurs. Les Epéiens d'Elis perdirent leur nationalité dans une fusion rapide. Les Pyliens se retirèrent à Athènes, où ils trouvèrent un accueil fraternel; une partie des Achéens s'associa au mouvement Éolien et se dirigea vers Lesbos, la Troade, le golfe d'Adrumette ; d'autres restèrent dans le pays où ils s'étaient établis, et lorsque, aux derniers jours de la liberté de la Grèce, ils essayèrent de réunir tous les intérêts et toutes les forces, le souvenir de l'antique oppression ou la politique étroite et jalouse de Sparte maintint une division aussi préjudiciable aux intérêts généraux qu'à la sécurité de chaque ville.
Divisés en tribus, les Dorions habitaient le Parnon, le Taygète et les plaines qui s'étendent jusqu'au cap Malée. La Péninsule se constitua bientôt à leur image et devint Dorienne. Le régime domestique qu'ils établirent fut le principe de la constitution sociale, que des lois ne créèrent pas, mais dont elles constatèrent l'existence. Du reste, conduits par les Héraclides, successeurs légitimes des Persides qui avaient disparu, ils prétendaient moins innover que développer l'Etat ancien et le compléter. C'est ainsi que, malgré la rudesse de leur caractère, ils enlevèrent à la conquête ce qu'elle avait d'odieux.
Thucydide (1) rapporte, à la 80^ année après la
(1) Livre I.