CHAPITRE III
Doriens aux Achéens (1), on fit des deux dynasties une même famille. On faisait profiter les nouveauvenus de l'antique vénération qui entourait leurs prédécesseurs.
Les Doriens, ou Spartiates vainqueurs, se réservèrent tous les droits politiques, et considérèrent les armes comme la seule occupation digne d'eux.
Les Laconiens, anciens habitants du pays, qui se soumirent, conservèrent leurs droits civils, sans pouvoir prétendre au gouvernement.
Ceux qui résistèrent plus longtemps ou qui se révoltèrent, furent réduits en servitude. Avec les habitants d'Hélos et les Messéniens, ils reçurent le nom d'Hilotes , et formèrent une population nombreuse, redoutée et opprimée.
Les deux rois régnèrent à Sparte dans un antagonisme perpétuel. Il est impossible qu'entre deux hommes revêtus d'un pouvoir égal, il n'y ait pas de difficultés. Il est plus rare encore que ces difficultés n'agitent pas le peuple.
Le désordre régna bientôt dans la ville. Des émigrations formèrent des colonies en Crète et des établissements au nord-ouest du Péloponèse, en Triphylie. La guerre fut faite à la Cynurie et à la ville d'Argos, qui ne soutînt pas sa vieille renommée; mais ces divisions ne mirent fin ni aux abus, ni aux dangers qui en résultaient. L'influence était peu étendue au dehors, et la ville en proie aux factions.
2. Il fallait porter une main hardie sur la constitution ou sur les usages qui en tenaient lieu. Désigné par l'opinion politique, recommandé par les oracles ,
(1) Hist. grecque, livre II, 2.
poussé par son amour du pays, imposé par les circonstances, un homme se trouva qui entreprit cette œuvre. C'était Lycurgue.
On a mis en doute son existence, on a attribué au temps la réforme qui fit de Sparte une ville différente de toutes celles dont Thistoire nous a conservé les actes. On a essayé de diminuer le nombre de ses lois, on a répandule doute sur tout ce qui le regardait.
Cela importe peu. L'antiquité a vu en Lycurgue un législateur, et l'ensemble de la législation de Sparte a tant d'unité, que si le temps a été le complice d'un homme pour l'achèvement de cette grande œuvre, il lui laisse la part principale.
Lycurgue était de race royale et vivait probablement au commencement du ix® siècle. Il fut le tuteur de son neveu Charilaos dont il protégea la naissance, dut quitter Sparte par suite d'animosités que provoquait sa vertu, visita la Crète, l'Ionie, l'Egypte, peut-être la Libye, l'Ibérie et l'Inde, entra en communication avec l'oracle de Delphes, et, après avoir étudié les diverses législations, et choisi celle qui convenait à son pays, il la lui fit accepter, en la pliant à son génie.
Il limita les droits des rois, leur adjoignit vingt-huit vieillards avec lesquels ils formèrent le sénat, et régla le mode et les attributions des assemblées. Il partagea les terres inégalement entre les Spartiates et les Laconiens, et, ne pouvant comprendre, à cause de la résistance qu'il rencontra, les biens mobiliers dans cette répartition, il supprima, pour combattre l'avarice, la monnaie d'or et d'argent, et la remplaça par une lourde monnaie de fer.