CHAPITRE III
suivants des outrages que les Messéniens essuyèrent de la part des Spartiates. Courbés sous le faix, comme des ânes, ils sont dans la dure nécessité d'apporter à leurs maîtres la moitié des fruits que produisent leurs champs.... Ils pleurent, eux et leurs femmes, lorsque la Parque tranche les jours de quelqu'un de leurs maîtres. »
On ne pouvait échapper que par la révolte à une si dure oppression.
Les changements que subirent les familles Spartiates et la création de l'Ephorat indiquent les dangers que courut Sparte dans cette lutte contre des adversaires dignes d'elle.
2. Une seconde guerre, en 684 (1), ne fut ni moins longue, ni moins dangereuse, ni moins féconde en péripéties. Aristomène, impatient du joug et jaloux de venger les désastres passés, en fut le héros. Dédaignant le titre de roi, il ne voulut être que général, et fit subir à Sparte des échecs si graves et si répétés, qu'elle demanda un général à Athènes.
Ce général ne paraissait pas propre à ramener la fortune. C'était un poète, peut-être un pédagogue boiteux. Appelé d'Athènes ou d'Aphidna en Attique dont il était originaire, il ne se crut pas destiné à relever Sparte uniquement par les armes. Il recourut à des remèdes religieux et sociaux, convaincu que Ton redeviendrait supérieur par le courage quand on aurait reconquis la vertu et reconnu le règne de la justice. Il apaisa les esprits agités, rétablit l'influence des lois, releva les cœurs par le culte des dieux et l'amour de la patrie, et fit placer au rang de citoyens (1) Certaines chronologies fixent cette date à 645 av. Jésus-Christ.
ceux qui le méritaient par leur situation ou les services qu'ils avaient rendus.
Sparte redevint plus forte à l'intérieur, et, en présence de l'ennemi, Tyrtée, relevant par l'ardente inspiration de ses chants les courages abattus, rendit la victoire aux Spartiates. Mais leur valeur fut trompée au combat de Stényclaros, où, sans une protection divine, toute l'armée aurait péri.
Aristomène est un héros des légendes antiques. Il passe par toutes les extrémités des choses humaines. Il menace Sparte, et n'ose affronter des murs sans défense. Il parcourt ce pays en vainqueur, et se retire vaincu. Refoulé sur le mont Ira, il s'y défend onze ans, et inflige aux. Spartiates de terribles défaites.
Cerné et sans ressources, il sort comme un torrent, passe avec ses guerriers et ce qui restait d'un peuple moissonné par la guerre au milieu des Spartiates, épouvantés de son désespoir et saisis d'admiration pour sa valeur. Il se retire en Arcadie, cherchant partout des ennemis à Sparte. A Rhodes, il poursuivait encore la vengeance, réunissant des soldats et soulevant les haines, lorsque sa mort fit pour Sparte ce que sa valeur n'avait pu obtenir.
La Messénie, opprimée, garda la mémoire de son héros et^sa haine contre d'impitoyables vainqueurs (62 3 ou 662). Aussi Sparte vit-elle dans ces vaincus un danger continuel. Impitoyable contre tous ceux qu'elle comprenait sous le nom général d'Hilotes, elle était constamment en armes contre eux, et les éphores, en prenant possession de leur charge annuelle, leur déclaraient la guerre, ce qui les mettait à la merci de leurs maîtres.