CHAPITRE ITI
3. En 620, Sparte entreprit contre Tégée une guerre qui, fréquemment interrompue par la lassitude des deux peuples, dura soixante-quatorze ans, avec des trêves, des succès et de douloureux revers.
L'Arcadie fut soumise en partie. La guerre contre Argos était continuelle. En 514, Cléomène s'avança sous les murs de la vieille cité, qui le repoussa.
Il sortit même du Péloponèse, où s'étaient enfermées jusqu'alors les armes et l'ambition de Sparte. Il dirigea deux expéditions en Attique : la première contre les Pisistratides, qui, avec le concours du peuple, faisaient peser leur domination sur l'aristocratie ; la seconde contre la démocratie victorieuse par la mort d'Hipparque et l'expulsion d'Hippias.
Sparte suivait dès lors une politique à laquelle, pour son malheur, elle se montra trop fidèle. Le caractère démocratique d'Athènes l'inquiétait. Elle voulut lui imposer son régime oligarchique.
Cléomène ramena les Alcmœonides, sur qui pesaient la foi violée et le sang répandu. Il fit expulser Clisthénès, chassa sept cents familles, supprima le conseil des Cinq-Cents, et confia le pouvoir à trois cents citoyens de la faction aristocratique.
Le peuple courut aux armes, et Cléomène dut se réfugier dans la citadelle, d'où il s'échappa deux jours après. Ceux qui s'étaient attachés à sa fortune furent punis comme des traîtres.
Cléomène avait eu jusqu'alors recours à la ruse. Il fit la guerre ouvertement et réunit tous les ennemis d'Athènes. Hippias se voyait déjà rétabli.
Clisthénès, redevenu maître au dedans, demanda des secours au satrape Artapherne, qui les promit
au prix delà soumission. Le peuple s'indigna, chassa Clisthénès, et la guerre recommença.
« Les armées allaient engager Faction, lorsque les Corinthiens, reconnaissant, les premiers, qu'ils faisaient une guerre injuste, changèrent de dessein et se retirèrent. Leur exemple fut suivi par Démarate, deuxième roi de Sparte; son départ entraîna la retraite de toutes les troupes. Ce fut cette dissidence, dit Hérodote, qui motiva la loi par laquelle il est défendu aux rois de Lacédémone de se trouver tous les deux en même temps à Tarmée. »
Les relations avec l'Asie avaient commencé pour elle.
Athènes avait, avec les colonies Ioniennes, une communauté d'intérêts. Sparte, par goût, par jalousie, par utilité, chercha des alliances royales en Asie.
Vers le milieu du vi^ siècle, Crésus, roi de Lydie, lui avait envoyé une ambassade. Il voyait en elle la première puissance de la Grèce et suivait déjà cette politique dont la Perse ne se départit jamais, et qui consistait à exciter des susceptibilités ou à satisfaire des intérêts, pour armer, les uns contre les autres, des peuples que tout aurait dû maintenir unis. Dans la lutte entre Athènes et la Dorienne Mégare, pour la possession de l'île de Salamine, on recourut, pour arrêter l'effusion du sang, à un arbitrage. Sparte fut choisie. Sa future rivale reconnaissait elle-même son hégémonie morale , et elle n'eut pas à se plaindre du jugement.
Au moment où se préparait, par les forces les plus considérables qu'un souverain ait jamais mises sur pied, l'envahissement de la Grèce, Sparte était