CHAPITRE III
maîtresse d'Égine et de Cythère. Par Tune, elle protégeait rentrée- du golfe de Messénie et favorisait son commerce ; par l'autre, elle se rapprochait d'Athènes, pouvait compter les pas et surveiller la politique d'une rivale qu'il fallait désormais combattre, sous peine de la subir, ou avec l'espoir de la dominer.
4. La lutte entre l'Ionie et la Perse entraîna presque toutes les villes de l'Asie-Mineure, les îles et la Grèce. Celles qui restèrent en dehors du mouvement national, par défiance du succès, ou parce que l'or avait été largement distribué, eurent à subir, avec le mépris de leurs concitoyens , les conséquences d'une conduite qui, les plaçant en dehors de la Grèce, fournit un facile prétexte à toutes les convoitises.
Après l'incendie de Sardes, Darius avait fait demander aux Athéniens et aux Spartiates la terre et l'eau. Oubliant le caractère sacré des ambassadeurs, Sparte les fit jeter dans un puits.
C'était un crime et une provocation. Sparte, cependant, ne paraissait pas pressée de prendre les armes. Soit qu'elle crût n'avoir rien à craindre, enfermée dans ses remparts naturels; soit que, par un égoïsme que son histoire ne dément pas, elle voulût laisser écraser Athènes ; soit qu'enfin les dissensions intérieures aient paralysé ses forces au moment où elle devait en disposer promptement, elle parut incertaine et perdit beaucoup de temps. Elle ne pouvait cependant ignorer que son attentat contre les ambassadeurs rendait la guerre inévitable.
Plutarque raconte (1) que les éphores, après avoir
(1) Aristide , 18.
reçu des Athéniens la nouvelle de la présence des Barbares, passèrent le reste de la journée en réjouissances, car ils célébraient alors les Hyacinthies. La nuit, ils firent partir cinq mille Spartiates.
Les Spartiates n'arrivèrent à Marathon que deux jours après la victoire glorieuse d'Athènes (4.90). Témoins de la grandeur de la lutte, ils surent honorer la valeur et purent comprendre que l'hégémonie de la Grèce ne leur appartenait plus.
Lorsque, pour la première fois, la flotte grecque et la flotte asiatique se trouvèrent en présence, la mer vint en aide aux Grecs, brisa quatre cents vaisseaux de guerre des barbares et engloutit un grand nombre de matelots et de soldats. Léonidas, aux Thermopyles, vainquit le nombre et la confusion par la valeur et la discipline. Il n'arrêta pas l'invasion ; mais, par l'audace de sa résolution, le mépris de la vie et l'intrépide ténacité de son courage, il montra ce que peuvent des hommes décidés à mourir pour (( obéir aux lois de la patrie. »
Trois inscriptions, relatives aux Péloponésiens, aux Spartiates et au devin Mégistiès, rendirent aux Thermopyles même ce qui était dû à chacun (1), et l'on sait qu'il n'y eut point de pitié pour le soldat qui, sans manquer à aucun devoir, avait survécu. Personne n'eût voulu ni allumer sa lampe, ni entrer en conversation avec lui (2). Le soldat Spartiate devait vaincre ou mourir.
Avec ces sentiments, un peuple doit être invincible. Athènes, abandonnée, fut ruinée par Xerxès (480).
(1) Hérodote, VU, 228.
(2) Hérodote, VU, 231.