CHAPITRE III
Les deux flottes se trouvèrent en présence dans l'espace qui séparait Salamine de l'Attique. La victoire décisive de la Grèce fut due à la valeur de l'armée et à la tactique des généraux. Jamais le nombre n'avait plus honteusement succombé. Eurybiade , chef de la flotte Lacédémonienne , laissa échapper les débris de la flotte perse, malgré les pressantes instances des autres chefs. Peut-être se souvint-il des recommandations de Lycurgue , ou craignit-il le désespoir de cette armée si nombreuse encore ; peut-être la jalousie contre Athènes arrêtat-elle une poursuite qui eût détruit la flotte asiatique, et Eurybiade chercha-t-il, dans l'intérêt de sa patrie, à rendre au roi vaincu un service dont il espérait que le souvenir ne serait pas perdu.
Tout, du reste, même en présence de l'ennemi commun, trahissait la rivalité secrète des deux villes* Sparte et Athènes s'étaient placées, parleur courage et leurs services, à la tête de la Grèce. Laquelle des deux devait y rester ? L'hégémonie ne pouvait pas se partager comme la royauté à Sparte.
Athènes avait reçu des propositions de paix de Xerxès. Sparte y vit une menace pour elle-même, fit rompre les négociations, s'enferma dans le Péloponèse, prenant soin de fortifier le mur qui en défendait l'entrée au point le plus étroit de l'isthme, et attendit les événements.
Directement menacés, les Athéniens, qui avaient montré dans les négociations autant de fermeté patriotique que de courage dans les combats, implorèrent le secours de Sparte. Les Lacédémoniens firent taire leurs rancunes ou comprirent mieux
leurs intérêts. Dix mille hoplites, parmi lesquels cinq mille Spartiates, suivirent en Béotie Mardonius, et, sous la conduite^de Pausanias, avec le concours d'une grande partie de la Grèce, le vainquirent à Platée (479).
Aristide fit signer à tous les combattants une ligue défensive contre la Perse. C'est ce qu'exigeait l'intérêt de la Grèce. Mais les mesquines rivalités ne tardèrent pas à renverser ce que le patriotisme avait élevé.
Le même jour, à Mycale, la flotte perse était anéantie. Si la fortune donna le premier rôle aux Athéniens, leur bravoure et leur habileté montrèrent qu'ils en étaient dignes. Léotychidas, général des Lacédémoniens, s'était égaré en essayant de tourner l'ennemi, et perdit ainsi une occasion dont Athènes, grâce à ses généraux, recueillit tous les fruits.
Sparte avait fait son devoir et soutenu son antique renommée dans ce terrible duel entre l'Europe et l'Asie. Elle en sortait pourtant diminuée aux yeux de la Grèce, moins confiante en elle-même. Athènes attirait tous les regards. Par sa résolution, la valeur de ses soldats, la vertu ou le génie de ses généraux, une politique suivie, un respect constant des intérêts et des susceptibilités des alliés, elle s'était élevée au premier rang.
Et cependant elle n'était pas aimée. L'envie, compagne ordinaire du succès, empoisonnait l'admiration et étouffait la reconnaissance.
Les guerres médiques, qui furent la lutte de la liberté contre le despotisme (1), firent la gloire de la
(1) Hérodote dit que les libres institutions de la Grèce la sauvèrent.