CHAPITRE III
de quatre cent soixante talents , déposée dans le sanctuaire de Délos, montra qne Sparte n^avait plus la direction des affaires communes. Le dieu de Délos était Ionien; celui de Delphes avait toujours réservé ses faveurs pour les Doriens.
Au moment où, heureuse de trouver des ennemis à Athènes, Sparte allait porter secours aux habitants de Thasos révoltés , un affreux tremblement de terre renversa presque toutes ses maisons, et fit périr, en Laconie, vingt mille habitants (464).
Les Hilotes et les Messéniens se révoltèrent. Toute occasion leur était bonne, parce que l'orgueil de Sparte était insupportable et son joug odieux. Sparte retrouva pour les combattre, avec sa discipline, ses succès. La troisième guerre de Messénie dura de 464 à 435, et si les Messéniens, qui furent plus persévérants que les Hilotes, succombèrent, ce ne fat pas sans gloire. La plaine célèbre de Stényclaros vit une seconde défaite des Spartiates. Mais la Messénie était condamnée. Les derniers défenseurs d'Ithôme durent aller porter ailleurs leur fortune , et Athènes leur donna Naupacte (456).
Pausanias dit à ce sujet (1) : ce Ils se retirèrent dans cette ville dont ils agrandirent l'ancienne enceinte , pour que tout le monde pût s'y mettre en sûreté ; ce qui ne fut pas difficile, ce lieu étant par lui-même très fort; car le mont Ithôme, qui est l'un des plus grands du Péloponèse, est, de ce côté, d'un accès fort difficile. »
Mais la victoire, longtemps incertaine, avait coûté cher.
(1) Messénie, chapitre IX.
Un moment désespérée^ Sparte avait eu recours à sa rivale.
Cimon, qui ne voulait pas laisser la Grèce boiteuse et sa patrie sans contrepoids, fut envoyé devant Ithôme avec une armée nombreuse.
((Les Lacédémoniens, dit Thucydide (1), voyant se prolonger la guerre contre les réfugiés à Ithôme, implorèrent le secours de divers alliés, entre autres des Athéniens. Ceux-ci vinrent en grand nombre, commandés par Cimon. On les avait mandés sur l'opinion que Ton avait de leur habileté à battre les murailles. Mais comme le siège traînait en longueur, la manière de procéder des Athéniens parut peu digne de ce qu'on attendait d'eux. En effet, s'ils eussent, dans leurs opérations de siège, déployé ce qu'ils avaient de talent, ils auraient pris la place de vive force. »
Les fortifications de l'Ithôme furent abandonnées ou démantelées après le départ des derniers défenseurs. Elles n'ont pourtant pas entièrement disparu. Voici ce qu'en dit Chateaubriand (2) :
(( Nous nous dirigeâmes sur le mont Ithôme, en laissant à gauche les ruines de Messène. L'abbé Fourmont, qui visita ces ruines, il y a soixante-dix ans (en 1736), y compta trente-huit tours encore debout. Je ne sais si M. Vial ne m'a point assuré qu'il en existe encore aujourd'hui neuf entières, et un fragment considérable du mur d'enceinte.... Je me convainquis, en examinant cette montagne, de la difficulté de bien entendre les auteurs anciens sans
(2) Itinéraire j I, p. 39.