CHAPITRE III
avoir vu les lieux dont ils parlent. Il est évident, par exemple, que Messène et l'ancien Ithôme ne pouvaient embrasser le mont dans leur enceinte, et qu'il faut expliquer la particule grecque %ep\, comme l'explique M. Lechevalier, à propos de la course d'Hector et d'Achille, c'est-à-dire qu'il faut traduire : devantTroie, einonpdi^ autour de Troie. )>
Ces restes sont ceux de Messène, ville fondée en 372, après Leuctres, sur le mont Ithôme, à l'endroit même où s'élevait la ville escarpée (1), que les Lacédémoniens avaient voulu anéantir.
On pourrait retrouver, comme à Carthage, des ruines sous des ruines, et la nouvelle ville ne fit que s'élever sur l'ancienne.
Pausanias raconte en ces termes les cérémonies qui précédèrent ce grand acte (2), par lequel on voulait frapper les esprits, en élevant pour Sparte une menace continuelle.
(( Epaminondas, ayant reconnu que la place où est maintenant Messène était la mieux située pour la fondation d'une ville, ordonna aux devins de découvrir par leur art si la volonté des dieux était d'accord avec ses projets. Quand ils eurent déclaré que les sacrifices offraient des présages favorables, il disposa tout pour cette fondation, en faisant apporter des pierres, et en appelant des architectes pour tracer les rues, construire les temples, les maisons et les murs d'enceinte. Lorsque tout fut prêt, les Arcadiens fournirent des victimes, et on fit des sacrifices.
Epaminondas et les Thébains en offrirent, selon
(1) Homère.
(2) Messénie, chapitre XXVII.
leurs rites, à Dionysios et à Apollon Isménien; les Argiens, à Héré Argierme et à Zeus Néméen ; les Messéniens, à Zeus Ithomate et aux Dioscures; leurs prêtres, aux Grandes Déesses et à Caucon, fils de Célœnos, qui avait institué à Thèbes les mystères des Cabires. Ils invoquèrent en commun leurs héros, et les invitèrent à revenir parmi eux.... Cette journée se passa tout entière en sacrifices et en prières; puis on bâtit l'enceinte des murs, les maisons et les temples de l'intérieur. Les travailleurs étaient animés par une musique uniquement composée de flûtes béotiennes et argiennes. ... Le nom de Messène fut imposé à cette ville (1). »
Il est rare qu'une ville soit formée de dessein arrêté et dans ces conditions. Mais l'intérêt politique des Thébains qui voulaient anéantir Sparte, explique cette fondation. Ces détails prouvent la part que l'on faisait à la religion, pour assurer les destinées d'une cité et la prospérité des citoyens.
Pausanias dit plus loin ce que fut cette forteresse élevée contre Sparte : ((Les murs de Messène sont entièrement en pierre, avec des tours et des créneaux. Je n'ai pas vu les murs de Babylone, ni ceux de Suse en Perse, qu'on appelle memnoniens , et n'en ai entendu parler à personne qui les ait vus ; mais ceux d'Amphrysse, dans la Phocide, de Byzance et de Rhodes , places qui passent pour les mieux fortifiées, ne sont pas aussi forts que ceux de Messène (2). »
Les ruines confirment cette opinion et montrent quelle rivale on donnait à Sparte.
(1) Pausanias, Messénie , chapitre I.
(2) Messénie , chapitre XXXl.