‹ Institutions de SparteChapitre 38 sur 242 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

3. La guerre désolait le Péloponèse, et le sang coulait partout en Grèce. Le traité de Gimon (449) avait assuré au roi de Perse la paisible possession de ses domaines, enlevant à l'Egypte tout espoir de secours, proclamant que la mer Egée était une mer grecque, et que les Grecs de FAsie-Mineure étaient libres.

Les deux rivales comprenaient que le moment n'était pas éloigné où éclaterait l'animosité latente. Tout était, pour chacune d'elles, une occasion, avidement saisie, d'intervention. Elles s'essayaient à la lutte directe, soutenant mutuellement leurs ennemis, et, par diverses expéditions plus ou moins habilement colorées, rendant inévitable le terrible et suprême duel.

Pendant qu'Athènes, sous l'inspiration des hommes les plus vertueux et les plus grands, faisait concourir à sa gloire les chefs-d'œuvre de l'esprit, les produits des arts, et toutes les ressources d'une politique souple et clairvoyante, Sparte s'ouvrait àla corruption. Périclès acheta Gléandride, à qui les éphores avaient confié la direction du jeune roi Plistonax, et qui était venu pour soutenir Mégare révoltée et ravager Eleusis, chère à Athènes. L'argent, proscrit par Lycurgue, devenait le plus redoutable ennemi des consciences et des caractères. Il achetait la retraite d'un roi et les votes de l'assemblée publique.

Les deux villes souffraient également de cet antagonisme qui les obligeait à des sacrifices sans compensation. Elles n'en persévéraient pas moins dans leur politique étroite et jalouse. En 445, une trêve fut signée pour trente ans. Scrupuleusement observée, .

elle aurait assuré la prospérité des deux villes dont chacune avait sa grandeur propre, et semblait avoir reçu de la nature la part qui lui revenait: la terre ou la mer. Mais les passions n'étaient pas éteintes et l'ambition veillait. La Grèce ne pouvait avoir deux têtes.

La politique de Périclès avait pour but d'étendre et de fortifier la puissance d'Athènes, en lui donnant l'esprit de clairvoyance qui fait dominer, et cet ensemble de qualités qui rend la domination aimable et solide. En poursuivant ces grandes destinées, Athènes rencontrait nécessairement Sparte, qui, de son côté, aspirait à tout soumettre par la force et à tout façonner à son image. Une étincelle pouvait allumer un grand incendie, et l'accident le plus vulgaire devait faire jaillir cette étincelle.

La guerre du] Péloponèse.

1. La guerre du Péloponèse en germe dans les dispositions de Sparte et d'Athènes, reconnue inévitable par la Grèce, eut sa cause prochaine dans les démêlés de Corcyre avec Epidamne, sa colonie* Gorinthe soutint Epidamne ; Athènes, sans se mêler à la guerre, manifesta une vive sympathie pour Corcyre.

Sparte suivait avec une attention intéressée les négociations et les premiers engagements.

Page 1