‹ Institutions de SparteChapitre 43 sur 242 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ses conseils. Il s'éloigna, pour éviter le sort de ceux que la vengeance a soulevés contre leur patrie, et que méprisent ceux-là mêmes qui profitent de leur trahison. Retiré auprès de Tissapherne, il poursuivit de sa haine sa patrie et la ville qui lui avait donné asile. Il engagea le satrape à neutraliser l'une par l'autre et, par conséquent, à affaiblir, au profit de l'Asie, les deux villes qui s'épuisaient pour conquérir la domination de la Grèce.

L^or des Perses fut habilement répandu et trop avidemment accepté (413). La corruption générale des mœurs en augmentait le prix , et rendait les peuples et les particuliers indifférents sur la source d'oii il provenait.

Agis essaya de profiter, par un coup décisif, d'une révolution intérieure, qui substitua, pour un moment, dans Athènes l'aristocratie à la démocratie. Il dut se retirer devant une résistance énergique.

Lysandre, courageux, habile, sans scrupules, cherchait auprès du roi des Perses un appui contre Athènes. Tous les moyens lui étaient bons pour atteindre à son but. C'est à Sparte qu'il osa dire , et Sparte ne s'en émut pas, que « l'on amuse les enfants avec des osselets et les hommes avec des serments (1). » Ce moyen lui paraissait permis dès qu'il réussissait.

A l'expiration de son commandement, il fut remplacé par Callicratidas, qu'il rendit d'avance impuissant, en lui enlevant les soldats, les armes, les vaisseaux et l'argent qui auraient assuré son succès. Callicratidas subit la double humiliation d'implorer à

(1) Plutarque, Apophthegmes des Lacédémoniens.

Sardes le secours du grand roi, et de ne pas l'obtenir. Il se battit contre les Athéniens, quoique inférieur en nombre. Il fut défait et tué dans la bataille navale des Arginuses (i06).

Lysandre , pour réparer ce désastre , menaça TAttique, courut vers le Nord, saccagea Lampsaque, et anéantit, près d'.Egos-Potamos, la flotte athénienne (-405). C'était un immense désastre que l'épuisement d'Athènes rendit définitif, et que Topinion publique accepta comme un arrêt.

Aucune des villes qui avaient suivi la fortune d'Athènes ne résista au vainqueur, et lorsqu'il se présenta devant le Pirée , lorsque Pausanias alla camper aux jardins d'Âcadémos, il n'y eut plus d'espoir de salut pour la ville qui, depuis près d'un siècle, au milieu des circonstances les plus diverses, et par la supériorité de son intelligence, de sa politique et de ses armes, avait marché à la tête de la Grèce.

Les négociations traînèrent en longueur, par la cruauté réfléchie de Sparte, dont chaque jour rendait la victoire plus certaine, et par le crime des Athéniens qui usaient leurs dernières forces dans des dissentiments et des déchirements intérieurs.

La capitulation, enfin signée, fut modérée en apparence, malgré la destruction des murs et la substitution du gouvernement oligarchique au gouvernement traditionnel. Une seule condition établissait la situation de la ville vaincue et consommait aux yeux de tous son abaissement : elle devenait l'alliée de Sparte !

Trente bannis , choisis par Théramène, Tarai de

Page 1