‹ Institutions de SparteChapitre 44 sur 242 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sparte, par les magistrats et le peuple, devinrent les maîtres d'Athènes. Un corps de Spartiates, occupant la citadelle, protégea leurs personnes et rendit impunies leurs cruautés. Ils violèrent toutes les lois et ne reculèrent devant aucun excès. Sparte, qui semblait se jouer de l'humanité en même temps que de la vie des Athéniens et de l'honneur des villes qui recevaient les exilés, avait la main dans tous ces abus de la force. Ce n'est pas seulement à Rome et de la bouche des Gaulois qu'est sortie l'impitoyable sentence : V^e victis !

La domination de Sparte et sa chute.

1. La lutte pour la prépondérance se terminait au profit de Sparte. Qu'allait-elle faire de ce pouvoir que les armes avaient mis entre ses mains ? Athènes en avait usé avec modération, et cependant, elle n'avait pas réussi à le garder. Etait-elle capable de suivre ce noble exemple, au risque de tomber comme sa rivale en conservant son honneur ?

C'est ici surtout que s'accuse la différence entre les deux cités. Ce que cherche, ce que veut Athènes, c'est l'influence générale par une politique respectueuse pour tous les droits, c'est la domination par la supériorité intellectuelle, le premier rang par l'opinion. Elle avait bien traité les villes alliées ou soumises, à qui le seul sacrifice imposé fût l'obligation

de demander à ses tribunaux le jugement de leurs procès. Le trésor commun dont Athènes avait la disposition n était qu'une assurance contre la guerre étrangère et le signe de la solidarité.

Le lien qui rattachait la Grèce à Athènes était réel, mais il fallait un peu d'attention pour s'en apercevoir. C'était une garantie de durée. Combien de libertés hautement acclamées ne valent pas cette dépendance discrète!

Pour Sparte, au contraire, il fallait, non seulement la réalité, mais les apparences et toutes les conséquences de la servitude. Son génie étroit et réglementé voulait une soumission complète, un système gouvernemental pareil au sien.

Elle devait ces succès à la supériorité de ses armes ; il lui semblait que les armes seules pouvaient les lui conserver. Quand on ne considère que ce qu'on peut, oubliant ce que l'on doit, à quelles limites s'arrêtera-t-on ?

Aristote (1) croit que ce fut aussi la faute d'Athènes : <( Les peuples qui tour à tour ont eu, dit-il, la haute direction des affaires de la Grèce, n'ont regardé qu'à leur propre constitution, pour faire dominer dans les Etats soumis à leur puissance, tantôt l'oligarchie, tantôt la démocratie , inquiets seulement de leurs intérêts particuliers, et pas le moins du monde des intérêts de leurs tributaires. )> On doit au moins ajouter que si ce fut la politique constante de Sparte, rarement Athènes l'adopta.

Ce n'est pas ainsi qu'agissent les peuples à qui sont réservées les dominations durables.

(1) Politique, VI, 9, 11.

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