CHAPITRE III
Sparte s'assura le concours des Arcadiens, des Eléens, des Achéens, des Corinthiens, des Mégariens, des Sicyoniens, des Phliasiens, des Actéens, des Acarnaniens, des Phocidiens, des Locriens et des Olynthiens. La ligue eut dix sections unies par une organisation et un but militaires. La confédération d'Athènes avait un caractère commercial. C'était une manifestation nouvelle du génie des deux villes.
Pendant quatre ans, les ravages furent mutuels mais sans résultat. La seule action importante est la défaite, près d'Orchomène, d^un corps lacédémonien.
La paix fut faite, en 374, par les deux villes, effrayées des succès de Thèbes. Fréquemment violée, elle fut renouvelée trois ans après. Thèbes rapprochait les deux irréconciliables ennemies. Un homme allait lui donner, pour un moment, l'hégémonie de la Grèce.
5. Épaminondas, avec six mille hommes, défit à Leuctres Cléombrotos, qui en avait onze mille. Sparte supporta cette défaite avec un stoïcisme quelque peu théâtral. Tous ses alliés l'abandonnèrent, le conseil amphictyonique la condamna à une amende de cinq cents talents, portée bientôt à mille. Ses partisans furent partout massacrés, et des horreurs marquèrent, dans presque toutes les villes, la fin de son impitoyable tyrannie.
Paiisanias (1) niarque la gravité de cette défaite en rappelant les prétentions de Sparte. « Les Lacédémoniens, dit-il, n'avaient jamais éprouvé de revers avant la bataille de Leuctres, et ils ne se souvien- (1) Attique, chapitre XUT.
nent pas d'avoir été, jusque-là, vaincus sur terre. Léonidas, disent-ils, fut victorieux, mais il n'avait pas assez de soldats pour détruire entièrement l'armée des Mèdes ; l'affaire de Sphactérie contre les Athéniens, commandés par Démosthène, fut, suivant eux, une surprise et non une victoire. La première défaite qu'ils essuyèrent fut donc dans la Béotie. »
C'est une illusion que l'orgueil inspire et soutient. Elle ne constate que plus formellement la portée de la défaite qui marqua cette journée.
Epaminondas, pour venger Thèbes et assurer l'établissement de l'hégémonie qu'il rêvait pour elle, avait besoin d'anéantir la puissance de Sparte. Deux moyens lui parurent propres à la réalisation rapide et certaine de ce but : la réunion en un seul corps de toutes les cités de l'Arcadie et la résurrection d'un peuple longtemps et cruellement opprimé : les Messéniens.
Une ville fut fondée avec le concours empressé de toutes les parties de la Grèce. Elle reçut le nom de Mégalopolis, plutôt à cause de l'idée qui avait présidé à sa fondation, qu à cause de l'étendue des murailles ou du nombre des habitants.
Messène s'élevait, en même temps, sur ce mont Ithôme rendu célèbre et sacré par tant d'héroïques souvenirs. La population y abonda. C'était pour Sparte une menace redoutable, et toutes les villes opprimées par Sparte voulurent y avoir leur part. Il semblait que dans toute la Grèce, même en Sicile et en Italie, chacun eut intérêt à l'abaissement d'une puissance dontl'inflexible orgueil n'avait connu aucune mesure.