CHAPITRE I
rochers, après avoir marqué, par des dévastations, leur rapide passage.
Quelques-uns sont enfermés par des montagnes qui ne leur laissent pas d'issue. Ils forment des lacs que le travail de l'homme fera plus tard écouler, ou s'ouvrent des voies souterraines, à travers des terrains désagrégés et perméables.
Ces catavothra, ou conduits intérieurs, devaient offrir à l'imagination des Grecs des sujets de créations gracieuses ou terribles. Devant l'inconnu, Thomme, à défaut d'explications positives, croit volontiers à ce qui lui plaît ou l'épouvante (1).
Le sol est extrêmement varié. L'altitude produit des différences de température nombreuses et de fréquentes alternatives. Les montagnes occupent les neuf-dixièmes de la surface de la Grèce , et si quelques-unes s'arrondissent en lignes gracieuses, d'autres, à une hauteur considérable, présentent de redoutables escarpements et de capricieux sommets.
Les monts Gambuniens s'élèvent en moyenne à 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'Olympe en a 2,972. C'est le plus majestueux et le plus haut de la Grèce. On comprend que l'imagination y ait placé, dans une zone inaccessible , la demeure des dieux. Le Lycorée, en Phocide, en a 2,498 ; le Gyllène, 2,412 ; le Tymphrestos, au point de jonction du Pinde, séjour des Muses, et de l'Œta, célèbre par la mort tragique d'Hercule, 2,346, et l'Erymanthe, par un de ses glorieux exploits, 2,259. Le Pinde va de 1,650
(1) 0. Muller, Gesck Hellen stœmme undt stœdte, I, a étudié avec beaucoup de soin et de sagacité ces œuvres delà nature et de» hommes.
à i2,000 mètres,, pendant que le Pentélique, aux marbres statuaires, descend à 1,188, et le Laurion, riche en minéraux, à 363.
4. Des forêts couvraient autrefois les sommets et les flancs de ces montagnes. Elles servaient d'asile à des animaux féroces, qui ont disparu devant l'homme. Tout est aujourd'hui presque entièrement dénudé, et des torrents ravinent les pentes où s'ouvrent de profonds escarpements. Il faut tenir compte de cette cause pour ne pas trouver en défaut, par une comparaison avec l'état actuel, les descriptions toujours si précises des historiens et des poètes de l'antiquité. Les siècles et les hommes laissent leur trace sur la nature elle-même.
Les cirques intérieurs forniés par la jonction et l'enchevêtrement des nombreux rameaux jetés en tous sens, avaient des productions très variées. Les plaines, peu nombreuses, peu étendues, répondaient par leur fertilité aux travaux des habitants. L'accroissement de la population amena un accroissement de production, et l'activité devint hardie et tenace en raison des besoins. Ce que les Grecs ne trouvaient pas chez eux, ils le cherchèrent chez leurs voisins et au delà des mers. Ils surent ainsi se servir des dons de la nature et y suppléer.
La Grèce était au centre des contrées les mieux cultivées de l'Europe et de l'Asie. Elle leur servait de lien et profitait de leurs avantages. Plus expansive, plus sociable, à part les Lacédémoniens, que tous les autres peuples, elle accueillait l'étranger et n'hésitait pas à s'aventurer chez lui. Ces relations firent sa richesse et établirent son influence.