CHAPITRE I
La plus grande étendue de la Grèce, de l'Olympe et des monts Gambuniens au cap Ténare, est de 400 kilomètres ; de la pointe extrême du cap Sunion au promontoire de Leuce, 288. G'est sur ce territoire restreint que ce sont passés des faits qui ont commandé Tattention de tous les temps ; c'est là que toutes les productions de l'esprit humain, depuis les plus fortes jusqu'aux plus délicates, ont pris naissance et se sont développées avec une merveilleuse fécondité ; c'est là que l'homme s'est montré à la fois le plus hardi et le mieux réglé.
Le sol de la Grèce est, pour ainsi dire, le résumé de la nature entière.
Il réunit à des plaines, plus étendues au nord, plus restreintes au centre et au midi, des montagnes couvertes de neige. On y trouve des régions torrides et des sommets glacés. Un espace restreint présente « des rivières, des torrents et des lacs, des rocs escarpés et de riants coteaux, des hauteurs volcaniques et des émanations brûlantes, des cavernes, des cours d'eau se perdant sous terre et ressortant à plusieurs lieues de distance, des mines de divers métaux, des minéraux précieux, et les pierres à bâtir les plus belles et les plus variées. Celui qui, en été, part d'un rivage et gravit les collines et les grandes montagnes, voit passer tour à tour, sous ses yeux, les plantes du midi qui garnissent les bas pays, celles de régions plus tempérées qui croissent sur les coteaux ; puis, à mesure qu'il s'élève, paraissent, les uns après les autres, les végétaux des pays froids, les sapins et les hêtres ; plus haut, les mousses et les lichens tapissent seuls les rochers, qui, nus et
déserts, dessinent leurs masses jaunes et rouges sur le bleu pur du ciel (1). »
Ce tableau de la Grèce actuelle reproduit d'une manière saisissante l'aspect général du pays dans lequel se sont passées les scènes les plus remarquables de l'histoire du monde.
Ethnographie.
1. Les Grecs appartiennent à la même race que les Indiens, les Perses, les Slaves, les Germains et les Celtes. Ils sont venus dans la contrée qu'ils devaient illustrer du centre de l'Asie, de ces vastes espaces, berceau de l'humanité, d'où les émigrations successives se sont dirigées, par masses profondes ou par détachements, vers toutes les parties de la terre, à l'extrémité de l'Inde, comme en Bretagne et en Hespérie.
Indépendamment de la ressemblance physique qu'il est impossible de méconnaître, les similitudes de langage, de culte primitif, de rudiments d'organisation sociale, d'idées, de mœurs constatées par une science qui, de nos jours, a profondément pénétré dans ces ténèbres du passé, établissent une irréfutable communauté d'origine.
Les différences qui paraîtraient combattre cette large diffusion de la race Aryenne, les confirment, au
(1) Em. Burnouf, Hist. de là littérature grecque , Introd. p. 15.