‹ Institutions de SparteChapitre 52 sur 242 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ennemie. Il la vainquit à Ghéronée (336), ainsi que Thèbes, après avoir menacé Sparte et s'être contenté d'envoyer contre elle de l'argent, des mercenaires, et de faire alliance avec Messène.

Il avait auparavant demandé à Sparte de le recevoir.«Non, )) répondirent les rois, les éphores, le sénat et le peuple. Gomme il insistait, on lui fit porter ces trois mots : Denys à Corinthe. C'était une menace digne de Sparte par sa brièveté, et significative, car le tyran de Syracuse était alors maître d'école à Gorinthe.

Lorsque, convoqués à l'isthme, les députés de la Grèce proclamèrent Philippe généralissime pour la conquête de la Perse et lui promirent le contingent qu^il demanda, Sparte, seule, sut résister à ce dangereux entraînement.

Le génie d'Alexandre ne la réduisit ni ne la subjugua. Elle conserva ses députés auprès de Darius, et parut indifférente aux succès de cette prodigieuse fortune qui ébranlait le monde.

Alexandre se vengea en héros. Après le passage glorieux du Granique, il offrit à Athènes, dont les louanges lui étaient chères, trois cents trophées qui furent consacrés au Parthénon avec cette inscription : « Sur les barbares de l'Asie, Alexandre et les Grecs, à l'exception des Lacédémoniens (1). » C'était irriter, au lieu de le faire plier, l'orgueil de Sparte.

Elle attendit, sans désarmer, fière peut-être de cette exclusion qui constatait son indépendance. Seule, en efiet, elle résistait, lorsque, dominée par l'ascendant du roi de Macédoine, vaincue par ses (1) Arrien.

armes ou séduite par des promesses trompeuses, la Grèce abdiquait devant une ambition que ne devait arrêter aucun obstacle.

Elle crut même un moment l'occasion favorable pour une politique plus active. Pendant une guerre d'Antipater contre les Scythes et une révolte en Thrace, Agis assiégea Mégalopolis, espérant créer des embarras à la Macédoine.

Sparte avait abandonné Athènes à Chéronée , Athènes ne répondit pas à Tappel de Sparte, par impuissance ou par représailles. Agis fut vaincu et tué. Sparte dut accepter d'avance les conditions d'Alexandre, et les cinquante otages qu'elle fournit furent les garants de sa soumission. Elle ne devait pas s'attendre à être bien traitée par le roi sous la volonté duquel elle ne s'était pas courbée, par le dieu qui n'avait reçu ni ses hommages , ni ses sacrifices. Elle s'était, en effet, contentée de dire d'Alexandre, avec une indifférence que tant de flatteurs rendaient criminelle : a Puisqu'il veut être dieu, qu'il le soit! )) (330.)

Plutarque [ i j résume ainsi la conduite de Sparte au moment où la Grèce cessait d'être elle-même. « Lorsque Philippe de Macédoine, vainqueur à Chéronée, eut été déclaré généralissime des troupes de la Grèce sur terre et sur mer : quand, après lui, Alexandre, son fils, eut soumis les Thébains, les Spartiates, qui n'avaient pour défense qu'une ville sans murailles, que des guerres fréquentes avaient réduits à un très petit nombre et mis dans un état de faiblesse qui rendait leur oppression facile, les Spartiates

(l) Apophthcgmes des Lacédémonieiu.

Page 1