‹ Institutions de SparteChapitre 7 sur 242 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï

contraire, en montrant Taccord harmonique de la diversité avec Tunité. On reconnaît, par un examen sérieux, entre ces rameaux d'un même tronc, la ressemblance qu'Ovide attribuait aux Grâces, filles d'une même mère et préposées à diverses manifestations de l'esprit humain :

Les neuf Muses n'ont pas entière ressemblance, Mais sous des traits divers on reconnaît des sœurs (1).

On donne le nom de Pélasgesaux premiers hommes qui ont occupé les contrées connues aujourd'hui sous le nom de Grèce. Se poussant successivement comme des flots, ils se sont répandus par bandes nombreuses ou par faibles détachements dans l'Asie- Mineure, qui bientôt n'offrit plus à leurs besoins une satisfaction suffisante.

Ils franchirent, vers le nord, l'étroit canal qui sépare l'Europe de l'Asie ; au centre, le passage inégal et peu redoutable qui va de la Propontide à la mer Egée ; ou gagnèrent au sud, de proche en proche, les îles qui forment un lien entre deux contrées que la mer a rendues étrangères pour les premiers hommes, et qu'elle a, plus tard, rapprochées.

Peut-être une autre invasion est-elle venue par le midi. La Crète aurait reçu très anciennement des émigrants des côtes voisines, et les aurait envoyés dans la partie de la Grèce qui reçut plus tard le nom de Péloponèse. La Crète est, en effet, un véritable trait d'union entre les deux contrées. A l'est, des îles la rattachent aux promontoires de l'Asie-

(1) .... Faciès non omnibus una,

Nec diversa tamen, qualem decet esse sororum. (Métamorphoses.)

Mineure. A Tcuest, elle semble se diriger vers le cap Malée (1). Au sud, elle est une station entre l'Afrique, l'Europe et l'Asie.

2. Après ces premières invasions, qui ne rencontrèrent d'autres obstacles que ceux de la nature, une population de même origine, mais qui avait plus longtemps séjourné en Asie-Mineure où elle aurait reçu une organisation plus vigoureuse et un développement intellectuel plus rapide , serait arrivée par mer en Grèce. Ce sont les Hellènes, qu'Hérodote (2) fait descendre des Pélasges, et qui avaient, du moins avec eux, les ressemblances essentielles qui constatent une origine commune. Ils se fondirent avec les premiers occupants , après avoir probablement essayé de se créer, par la force, une patrie.

La légende est à l'origine de tous les peuples, et c'est elle qui, le plus souvent, constitue l'histoire. Nulle part, elle ne pouvait trouver une plus large place que chez les Grecs , où elle était favorisée par une existence lointaine, inspirée par une imagination active et soutenue par l'amour-propre national.

Qu'il y ait eu deux grandes migrations successives, celle des Pélasges et celle des Hellènes par le nord, une migration contemporaine par le midi, une migration postérieure, celle des Ioniens, par l'est, ou que les diverses parties du sol de la Grèce aient été occupées par des tribus sans nom, détachées de la grande race Aryenne, dont la fécondité a couvert une si grande étendue de la terre, cela importe peu,

(1) Pausanias dit que la plupart des familles féodales du Péloponèse avaient une origine crétoise, ce qui indique de très anciennes relations.

(2) Livre l.

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