CHAPITRE IV
attaquer les causes de désordre, non pas dans les hommes, mais dans les institutions. Il y a eu certainement des retranchements et des additions dans les lois qui existaient auparavant. On ne détruit que ce qu'on remplace, et un sage législateur ne ressemble pas à ces insensés qui renversent l'édifice sous lequel se sont abritées les générations antérieures, ne se réservant même pas une tente provisoire.
Il relie au contraire le passé au présent et prépare ainsi l'avenir. Sa sagesse s'augmente de toute celle que les siècles ont accumulée. Mais quelle que soit la prévoyance d'un législateur, il est impossible qu'il n'oublie pas quelques points, qu'il ne soit pas impuissant ou imparfait sur d'autres. Il n'agit jamais seul, et le temps est son auxiliaire nécessaire.
Quelle est la part de chacun? C'est ce qu'il est impossible de déterminer, surtout pour des époques aussi lointaines. Il ne faut pas oublier que c'est seulement après 776, première année de l'ère des Olympiades, que nous rencontrons quelque certitude dans les événements accomplis en Grèce. La chronologie éclaire l'histoire. Mais combien de points restent encore obscurs, dans les villes surtout qui n'ont pas produit de grands historiens !
Il importe cependant de remarquer que toutes les parties de la législation de Lycurgue sont étroitement liées entre elles. Il y a certainement une idée générale, un système d'ensemble, auxquels se sont rattachées les institutions antérieures, et d'où sont sorties, comme par une conséquence nécessaire, des prescriptions nouvelles. Le temps et le législateur ont été merveilleusement d'accord^ et il n'y a pas dans la
Grèce, et même ailleurs, une cité ou un peuple dont la physionomie se dessine avec une netteté plus accusée que celle de Sparte, et, malgré tant de causes d'altération, se soit plus fidèlement conservée à travers les péripéties les plus nombreuses et les accidents les plus divers.
Aussi Hérodote considère-t-il comme institué par Lycurgue tout ce que présente d'immuable à Sparte la suite des temps (1).
Aristote est de cet avis, puisqu'il dit (2) : « Lycurgue et Solon ont tous les deux porté des lois et fondé des gouvernements. » Et Xénophon (3), en considérant comme un idéal ce système, le rapporte cependant tout entier à Lycurgue. Un idéal de gouvernement ne peut être l'œuvre de plusieurs esprits.
Les premières réformes.
1. D'après Plutarque, Lycurgue serait le sixième descendant de Patroclès, un des rois de Sparte, et le onzième après Hercule, le héros de la Grèce entière, dont le Péloponèse, théâtre aussi de ses travaux^ devait recevoir les descendants. D'autres croient qu'on ne peut pas déterminer à quelle des deux lignes royales il appartenait.
(2) Politique, II, 9, 1.
(3) République de Sparte, 14.