CHAPITRE IV
cha à son service, et le traita avec tant de bonté qu'il le subjugua, et, d'un ennemi violent, fit un ami dévoué.
Plutarque dit(l) que la blessure faite à Lycurgue détermina l'interdiction de porter des bâtons dans les assemblées; ce qui semblerait indiquer que l'attaque dont le législateur fut l'objet aurait suivi une réunion publique.
llême avec la gravité des Spartiates, cette mesure était nécessaire. On n'est jamais sûr de ce qui peut suivre une assemblée dans laquelle la parole s'adresse plus souvent à la passion qu'à la raison, et où il suffit de se sentir en nombre pour croire que tout est permis.
Suite des réformes.
1. Jérôme Bignon disait de la constitution de notre pays qu'elle était (( escrite ès cœurs des François. » Il en aurait été de même de la législation de Lycurgue, quoiqu'elle pût lui être attribuée en grande partie, tandis que celle de la France était l'œuvre du temps.
« Lycurgue ne permit pas d'écrire ses lois. Il le défendit expressément par une ordonnance appelée rhétra. Il croyait que rien n'a plus de pouvoir et de force, pour rendre un peuple heureux et sage,
(1) Lyc, 14.
que les principes gravés dans les mœurs et dans les esprits des citoyens. Ils sont d'autant plus fermes et inébranlables qu'ils ont pour lien la volonté, toujours plus forte que la nécessité, quand elle est la suite de l'éducation, qui fait, pour les jeunes gens, l'office du législateur. Quant aux contrats moins importants et qui, ne regardant que des intérêts, changent selon les besoins, il crut plus utile de ne pas les assujettir à des formalités écrites et à des coutumes invariables, mais de laisser aux gens instruits le soin d'y ajouter ou d'en retrancher ce que les circonstances leur faisaient juger nécessaire, car il rapportait toute sa législation à l'éducation des hommes (1). y>
Ces réflexions révèlent, sous la simplicité apparente des lois de Lycurgue, une connaissance parfaite du cœur humain. Pour conduire les hommes, il faut avoir pénétré leurs mobiles, leurs intérêts, leurs aspirations. Il faut comprendre que rien ne doit être laissé au hasard de ce que la prudence peut préparer et la résolution achever. Il faut enfin ne pas oublier que Thomme « est un être enseigné » et que le moyen le plus sûr de le conduire dans la vie est de discipliner de bonne heure son esprit et son cœur.
Quant à l'autorité différente des lois écrites et des lois non écrites, elle s'explique facilement. Dans un peuple comme le peuple Spartiate, fermé à tous les autres, fier de son origine, et en qui la rudesse Dorienne semblait s'être incarnée, la tradition était puissante. Ce qui avait été devait être, et l'ancienneté était la meilleure et la plus sûre des consécrations. La loi non écrite et dont Torigine était obscure, semblait (1) Plutarque, Lyc, 18.