‹ Institutions de SparteChapitre 66 sur 242 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

un ordre des dieux, que Ton adorait dans sa mystérieuse profondeur. La méconnaître et la violer, c'était être sacrilège.

Une loi écrite^ avec quelque netteté et quelque concision qu'elle fût formulée, pouvait-elle atteindre chez un peuple simple et fidèle à son passé, comme celui de Sparte, à cette haute autorité? Rien, d'ailleurs, ne disait d'une manière plus formelle que ce sont les mœurs qui font les lois, et que, les mœurs ne s'écrivant pas, les lois devaient suivre le même sort.

Malgré la différence des temps et des conditions sociales, nous avons eu en France quelque chose de pareil. Les coutumes, qui ne furent écrites que fort tard, réglèrent dans la plupart des provinces tout ce qui était relatif aux personnes et aux biens. Il en fut de même pour les lois politiques, et le premier président de Harlay disait à Henri III , dans le lit de justice du 15 juin 1586 :

« Nous avons. Sire, deux sortes de lois; les unes sont les ordonnances de nos rois, qui se peuvent changer suivant la diversité du temps et des affaires ; les autres sont les ordonnances du royaume, qui sont inviolables, par lesquelles vous êtes monté au trône, et cette couronne a été conservée par vous.

On aurait vainement cherché le recueil ou le registre dans lequel les ordonnances du royaume étaient écrites.

Il y avait pourtant des inconvénients et des dangers. Les plébéiens, qui en souffrirent à Rome, demandèrent et obtinrent la création d'un code. En France, les rois dont le pouvoir était souvent limité

par la justice que rendaient les seigneurs, et les privilèges qu'ils revendiquaient, firent rédiger les coutumes et travaillèrent à l'unité législative. A Sparte , les magistrats qui avaient le monopole de la justice et l'interprétation avec l'application des lois, courbèrent tout sous l'arbitraire. Ils n'avaient pas de contrepoids, et l'on trouvait trop souvent en eux des instruments de l'injustice et des esclaves de la passion. D'ailleurs, ce qui convient à un peuple à son origine, devient un danger lorsqu^il a pris son développement. Sparte resta sans doute fidèle à cette tradition pendant la plus grande partie de son existence, jusqu'à la conquête romaine, mais il ne faut point oublier qu'elle n'eut point de modèle, et que l'on chercherait vainement un peuple qui ait tenté de l'imiter.

2. Lycurgue régla tout ce qui concernait l'éducation des garçons et des filles , le mariage, le célibat, la guerre. Chose remarquable ! tout tend, dans sa législation, àformer un peuple de soldats. Cependant il ne prit jamais les armes lui-même, et il n'a rien négligé — sans doute parce qu'il connaissait les Spartiates, — de ce qui pouvait rendre les guerres moins longues et moins fréquentes.

Toute législation prévoyante doit avoir, en effet, pour but de mettre obstacle à certains penchants qui sont dangereux, et d'en favoriser d'autres, qui donnent un large développement à Tesprit et aux intérêts du peuple.

Il leur recommanda de ne pas faire longtemps la guerre au même ennemi, et de ne pas le poursuivre trop loin après l'avoir vaincu. On lui attribue la

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