‹ Institutions de SparteChapitre 67 sur 242 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

trêve qui, pendant la durée des jeux Olympiques, établissait, sous la garantie de tous les peuples, une paix générale dans la Grèce. Afin d'augmenter pour les Spartiates le désir de prendre part à ces luttes pacifiques et de leur donner plus d'éclat, il attacha la plus haute importance aux prix qu'on y remportait et récompensa d'une manière toute Spartiate, en mettant au premier rang dans les combats, ceux qui avaient conquis la première place dans les jeux où triomphaient la souplesse et la force.

La race Dorienne semblait avoir le privilège de ces jeux qui, tenant constamment en éveil l'émulation de la Grèce, lui rappelaient que toutes ses cités avaient une origine commune. Les jeux Isthmiques se célébraient à l'entrée du Péloponèse, les jeux Néméens dans l'Argolide, les jeux Olympiques en Élide. Seuls, les jeux Pythiques avaient pour théâtre l'Hellade, puisqu'ils avaient lieu à Delphes; mais Delphes, il ne faut pas l'oublier, avait une origine Dorienne.

Ainsi, même dans cette sollicitude qui paraissait étrangère à Sparte, Lycurgue poursuivait la suprématie de la nation conquérante.

Il prolongea l'éducation pendant toute la durée de la vie , défendit aux Spartiates tout ouvrage mercenaire, rendit les procès impossibles par une rigoureuse réglementation de tout, et par la pauvreté individuelle au milieu de la richesse publique. Il multiplia les fêtes qui fortifient le courage, au lieu de corrompre les mœurs.

Montesquieu a dit (1) : « L'esprit de modération

(1) Esprit des lois, XXIX, 1.

doit être celui des législateurs; » et Villemain (1) a commenté ainsi cette parole : « En effet, la loi n'est que le supplément de la modération qui manque aux hommes. La loi a tellement besoin d'être impartiale, que le législateur lui-même doit l'être, pour ne pas laisser dans son ouvrage l'empreinte de la passion. »

La modération n'est pas la qualité maîtresse de la législation de Lycurgue. Loin d'aider et de corriger la nature , elle semble avoir pour but unique de la contraindre et delà refaire. Mais l'impartialité, sauf en ce qui regarde les Hilotes, ne paraît pas avoir souffert d'atteinte grave dans cet ensemble de lois, établi pour réaliser l'égalité la plus complète entre les membres de la nation à qui la conquête avait donné le Péloponèse.

Il n'y avait point, dans l'esprit et les habitudes de Lycurgue, de sombre austérité. Plutarque rapporte, d'après Sosibius, qu'il consacra, dans les salles communes, une petite statue du dieu Ris (2).

C'est le seul acte religieux, après la consultation de l'oracle de Delphes, que nous trouvions dans la vie de Lycurgue. Si les rois doivent faire des sacrifices, et le peuple prendre part à certaines fêtes d'un caractère pieux, si des temples sont élevés dans la ville, nous ne voyons rien qui ressemble à des institutions destinées à rapprocher l'homme de la divinité et à lui tracer ses devoirs.

Un Dieu est l'auteur des lois de Sparte, et le législateur ne prescrit rien de ce qu'il faut croire ou pratiquer à son égard.

(1) Eloge de Montesquieu.

(2) lyc, 27.

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