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CHAPITRE IV

Tout portait à l'amour de la vertu, de cette vertu qui avait la patrie pour inspiration et pour but, à rhorreur du vice, de ce vice qui eut rendu l'homme inutile à la cité, ou, par sa lâcheté, hostile à ses intérêts et à son honneur.

Ailleurs, le lâche restait confondu dans la foule. Il n'était apte à aucun emploi, et ne comptait pour rien. A Sparte, il était séparé de tous, dédaigné, objet d'horreur; il vivait dans l'ignominie, et personne n'eut consenti à lui rendre même les services que l'on ne refuse pas à un ennemi.

L'exemple était un des moyens par lesquels Lycurgue avait recommandé de former les caractères. On racontait les grandes actions devant les enfants comme devant les vieillards, on les louait, et on essayait d'exciter dans les âmes une salutaire émulation. On flétrissait le mal et on le livrait à toute l'indignation des citoyens. Lycurgue repoussait toute société étrangère ; « il croyait qu'on doit défendre une ville de la corruption des mœurs avec plus de soin, qu'on n'en ferme les portes aux personnes infectées de maladies contagieuses (1). »

Cette corruption des mœurs contre laquelle le législateur prend tant de précautions, doit s'entendre de tout changement à l'ordre établi, surtout de tout affaiblissement dans le caractère guerrier, car « les lois de Lycurgue étaient propres à inspirer du courage, mais non à faire pratiquer la justice (2). »

On préférait à tout progrès, la fidélité au passé. « On demandait à Pausanias pourquoi il était défendu

(1) Plutarque, Lyc, 4Ô.

(2) Plutarque, Lyc, 41.

à Lacédémone de changer aucune de ses anciennes lois. C'est, dit-il, parce que les lois doiventcommander aux hommes et non les hommes aux lois » (1).

Il y avait cependant à Sparte des familles chargées de l'hospitalitépublique. Un magistrat, le proxène (2), devait recevoir, aider et bien traiter les citoyens d'une ville.

On croit même que chacune des villes sujettes ou alliées avait son proxène, ce qui assimilerait ce magistrat à nos consuls commerciaux, avec la différence qu'à Sparte, ils appartenaient nécessairement à la cité (3).

Avec la proscription générale des étrangers, on doit conclure que les devoirs du proxène étaient bornés aux ambassadeurs de toute cité avec laquelle on se trouvait en rapport, et aux citoyens des villes sujettes ou alliées.

La Laconie et la Messénie, qui produisaient assez de blé pour leur population, eût-elle été plus considérable, ne cherchèrent pas à se mettre en relation avec d'autres peuples. Cependant les Laconiens avaient une activité qu'entretenait leur exclusion des fonctions publiques. Ils furent agriculteurs, indus trieux et commerçants, et ils acquirent des richesses que paraissait dédaigner l'oisiveté Spartiate, et que son avidité ne tarda pas à rechercher.

Sparte avait fondé en Crète la colonie de Théra, qui, à son tour, fonda Cyrène en Libye. Elle avait envoyé des citoyens sur plusieurs points de la Sicile,

(1) Plut ARQUE, apojihthegmes des Lacedémoniens.

(2) Tlpo^svoç.

(3) Voir Hésychius.

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