‹ Institutions de SparteChapitre 77 sur 242 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de monter la garde ; le citoyen qui en a quatre, est affranchi de tout impôt. On pouvait cependant prévoir que le nombre des citoyens s'accroissant, tandis que la division du sol resterait la même, on ne ferait qu'augmenter le nombre des malheureux. »

Cette crainte et d'autres causes réduisirent rapidement la population dès le v^ siècle, et rendirent inévitable la chute de Sparte. Pour que le but du législateur fut atteint, il eût fallu que les mœurs conservassent leur simplicité et leur pureté primitives. G'estune illusion que se fonttous les législateurs qui ne tiennent pas assez de compte des dangers que porte en son sein la prospérité.

Il était défendu de vendre la propriété Spartiate (1). Il en était de même dans presque toutes les cités de la Grèce. On trouvait, dans cette interdiction, la garantie de la paix publique, et l'inamissibilité du droit de citoyen.

Locres et Leucade avaient la même loi (2), et Phidon, de Gorinthe, prescrivait au ix^ siècle, de laisser immuables le nombre des familles et la possession des propriétés (3).

La loi de Solon n'interdisait pas la vente de la propriété, mais elle frappait le vendeur de la perte de ses droits de citoyen.

Gette liberté enlevée par toutes ces législations au citoyen, restait tout entière à la cité, qui pouvait disposer arbitrairement, au nom de l'intérêt ou du salut public, de la vie et de la propriété de tous.

(1) Plutarque, Lycurg., Aristote, politique, II, 2, 6.

(2) Aristote, Polit., II, 4, 4.

(3) Aristote, Polit., Il, 3, 7.

1 N s T 1 T Ll r I O N S D E S P A W T E

Ce pouvoir absolu de l'Etat était le même, eu principe, dans toutes les sociétés antiques. Il y avait seulement des degrés dans l'application.

Ce que les anciens appellent liberté, n'a donc aucun rapport avec ce que nous désignons sous ce nom. L'idée de droit et de juslice est pour nous inhérente à celle de liberté; elle en était distincte chez les anciens. Etre libre pour nous, c'est ne pouvoir être contraint à faire ou à subir quelque chose qui atteigne le droit ou viole le devoir. Etre libre, pour les anciens, c'était n'être tenu à l'obéissance qu'envers l'Etat, qui pouvait tout. Ceux-là n'étaient pas libres, qui dépendaient du caprice d'un autre, fut-il simple particulier ou tyran.

Pour tout ce qui l'cgarde les relations des citoyens entre eux, nous sommes réduits à des conjectures. On dirait que préoccupé de former une cité, Lycurgue a oublié qu'elle se composait d'hommes dont les intérêts pouvaient être divers.

4. Il en estde même des lois de police. L'organisation intérieure de Sparte nous échappe. La loi générale semble assez puissante et assez prévoyante, pour tout animer et pourvoir à tout.

Faire des soldats et des citoyens, c'est toute l'ambition de Sparte. La force des corps, l'indomptable ténacité de l'esprit constituent le mérite suprême. C'est tout ce qu'il faut pour assurer l'autonomie de la cité et lui permettre de conquérir la prépondérance dans le Péloponèse et en Grèce.

Il n'appartient pas à un législateur de diriger les choses de l'esprit. La liberté des œuvres échappe à celte réglementation qui s'appUque uniquement aux actes.

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