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CHAPITRE IV

Avec le caractère général de sa législation qui diffère de toutes les autres, par ses prescriptions morales, si Lycurgue avait eu quelque préoccupation intellectuelle, il l'aurait certainement manifestée. S'il n'y a rien dans ce que l'antiquité nous a transmis de lui, c'est que ni le législateur, ni le peuple n'avaient aucun souci des nobles ou délicates manifestations de l'esprit humain.

Terpandre disait de Sparte : « Là, fleurissent le courage des guerriers, la lyre harmonieuse et la justice protectrice des cités. » Il avait, dans ses voyages, charmé les Lacédémoniens, ce qui prouve qu'ils n'étaient pas absolument insensibles aux choses de l'esprit; mais les chants n'avaient de prix à leurs yeux, que comme expression de sentiments guerriers.

(( Aucun peuple, je crois, dit Pausanias (1), n'attachait moins d'importance que les Spartiates à la poésie et aux louanges des poètes. En effet, hormis les vers de je ne sais quel poète en l'honneur de Cynisca (2), et ceux que Simonide avait composés auparavant, sur le trépied que Pausanias offrit à Delphes, je ne connais aucun poète qui ait rien fait pour célébrer la mémoire des rois des Lacédémoniens. »

Ils s'occupaient cependant, mais cela tient sans doute à leur esprit de réglementation, de ce qui touchait à la poésie et aux arts, au point d'intervenir par des mesures publiques. « Les Lacédémoniens rendirent un décret (3), conservé par Boëce, par

(1) Laconie, VHI.

(2) Fille d'Aristodémos.

(3) De Musica, lib., I, c, 1.

lequel ils ordonnaient qu'on couperait quatre des onze cordes mises à la cithare, par Timothée de Milet (^1). »

Ils honoraient le seul poète qui eut vécu à Sparte, où il était venu de Sardes (6 7 0) : a Près de la place de Sebrium, ditPausanias^2\ est le monument d'Alcman, qui, malgré la rudesse du dialecte Lacédémonien, a fait en ce langag-e, des chants très agréables.

Et c'est tout ce que nous pouvons dire de la littérature Spartiate.

Cependant la poésie ne paraissait pas dangereuse à Lycurgue comme à Platon (3). Il la croyait, au contraire, capable d'aider le législateur. Il avait porté à Sparte les chants d'Homère, et il s'en servait pour inspirer de nobles résolutions. Le poète crétois Thalétas, fut un utile précurseur de sa réforme. La poésie enilamma les courages,

Et les vers de Tjrtée animaient aux combats (4).

Le titre de citoyen donné à Tyrtée fut la récompense de ses chants guerriers.

De 630 à 555, pendant la vie de Stésichore, les relations commerciales et intellectuelles furent continuelles entre Sparte et ses colonies de Sicile. Il en résulta une diffusion de l'esprit Grec sur toutes les côtes. Sparte en fut la cause involontaire. Elle n'am-

(1) Pausaxias, Lacouie^ XU.

(2) Laconie, XV.

(3) Le philosophe, dausla république, couronne de fleurs les poètes et les renvoie aux frontières.

(4) Tyrtaeusque mares auimos ad Martia bella Versibus exacuit. (Horace, art poétique, 40 3.)

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