‹ Institutions de SparteChapitre 79 sur 242 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bitionna jamais la domination par Tesprit. Tout lui manquait sous ce rapport.

On chantait des chœurs dans les fêtes publiques, comme celles que les Spartiates célébraient à Amyclée, en l'honneur d'Hyacinthe, victime d'Apollon, dans les sacrifices en l'honneur des dieux, dans ces moments terribles où l'homme armé marche contre l'homme, où le sang va couler, où la mort plane sur toutes les têtes, où le courage doit s'élever au dessus de la nature, où le guerrier fait ce que Tyrtée décrit avec tant de vivacité et d'éclat (1).

Pendant que les hommes se préparaient à la guerre, la poésie, la musique et la danse étaient le lot des femmes. Les Parthénies furent organisées, et ces chœurs auxquels on n'ajouta et desquels on ne retrancha rien, devinrent le complément de l'éducation Spartiate.

(( Allons, disait le poète, Muse à la voix claire, chante une mélodie à plusieurs membres. Commence pour les jeunes filles un chant nouveau. »

Ce chant était probablement celui des enfants, des jeunes gens et des vieillards que Plutarque (2) nous a conservé. On le croit de Tyrtée et il résume l'ambition et le but de tous les âges de la vie. » Nous fûmes vaillants, chantaient les vieillards, nous le sommes, disaient les hommes de l'âge mûr et les jeunes gens ; nous le serons répétaient les enfants. «Le courage était toute la vertu de Sparte.

Sparte fut fidèle jusqu'au bout à ce chant simple et traditionnel, comme à l'engagement qu'il contenait.

(1) Voir ses trois élégies.

&) Vie de Lycurgue, 3J.

Voilà toute la vie intellectuelle de Sparte. Loin d'en rougir, elle s'en accommodait, et peut-être y voyaitelle, comme dans l'oisiveté, un privilège dont elle était fière. u Les Spartiates faisaient profession, dit un esprit délicat, comme Athènes en produisait, d'ignorer les sciences, et, en général, ils ne savaient ni lire, ni écrire, ni compter (1). d On peut croire, relativement à cette dernière affirmation qu'elle est exagérée, ou du moins trop générale.

Ces prescriptions étroites et rigoureuses delà législation de Lycurgue formèrent un peuple énergique, fortement constitué, propre à poursuivre de grands desseins. Elles aspiraient à le faire juste jusqu'à la limite de l'intérêt, et capable de tout supporter pour réussir. Quel fut le résultat, et que fut la réalité qui sortit de cet idéal?

Il ne faut pas toujours écouter les ennemis. C'est d'un ennemi qu'Euripide disait au milieu de la guerre du Péloponèse : (( 0 les plus odieux des mortels, princes du mensonge, artisans de fraude, c'est injustement que vous prospérez en Grèce (2). »

Ce n'est certainement pas le peuple qu'avait voulu faire Lycurgue. Mais les faits donnent trop souvent raison au poète.

Xénophon, au contraire, loue sans rectriction. Si l'on ne se rappelait qu'il avait été l'hôte reconnaissant de Lacédémone, et le banni haineux d'Athènes, on serait disposé à croire que le type des héros de la Grèce fut Agésilas, et qu'aucune ville ne l'emporta sur Sparte, en grandeur et en vertu.

(1) IsocRATE, Panathénées; Platon, 1er Hippias.

(2) Andromaque, vers 445.

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