CHAPITRE V
rappelant une origine commune. Il y eut des dieux Poliades, particuliers à chaque ville. D'autres prêtres furent attachés à leur culte, et comme les dieux étaient non seulement distincts les uns des autres, mais encore jaloux, les prêtres n'eurent point entre eux de hiérarchie, et furent aussi divisés par les intérêts que par les particularités du culte.
Le rôle du prêtre est partout le même. Mais sa situation différait essentiellement en Grèce de celle de l'Occident, où la hiérarchie domine, et de l'Orient, où les castes sont souveraines. Sans doute Sparte avait une famille, les Thalthybiades, qui devait son origine au héraut de la guerre de Troie, et dans laquelle s'était transmis le pouvoir sacerdotal; mais c'était une exception.
Il n'y avait point de corps spécial de prêtres, ni d'institution destiné à maintenir leurs droits. Le roi était l'intermédiaire entre le peuple et le dieu dont il sollicitait la protection. Les sacrifices dont il n'avait pas le privilège, étaient accomplis par des magistrats temporaires ou par des citoyens que le sort désignait.
Comme il n'y avait ni dogme à expliquer, ni morale à enseigner, des prêtres de circonstance suffisaient pour acquitter en public les devoirs de la cité. On ne trouve pas davantage à Sparte les initiations et les mystères. L'esprit positif du peuple ne pouvait accepter rien de ce qu il faut chercher sousdes voiles et dont l'interprétation est incertaine.
Homère représente Zeus comme le protecteur de Troie, et montre dans toute l'étendue de VIliade les dieux divisés en deux camps. Hérè, Athéna, Poséidon, Hermès, Héphaïstos sont pour les Grecs;
Apollon, Artémis, Arès, Aphrodite, Léto, pour les Troyens.
Des guerriers purent faire couler le sang divin (1) ; ■ l'Olympe, corame les bords du Simoïs, eut ses combats (2).
Il y eut en Grèce des divinités pour les diverses races. Poséidon, honoré avec tant de soin par les Ioniens, fut négligé par les Doriens. Il fallait que Tantagonisme des deux races se manifestât en tout. Les intérêts étant opposés, les dieux ne pouvaient être les mêmes.
Hérè était la déesse d'Argos, sous le nom de Parthénia. Mais beaucoup de villes ne reconnaissaient pas en elle l'épouse de Zeus, et ce culte, qui eut un si grand éclat à Rome, fut de bonne heure abandonné en Grèce.
3. Nous connaissons les dieux par les poètes, dont l'imagination les revêtait des attributs les plus brillants et les plus divers. Les hommes, ayant perdu la notion de l'unité divine, donnèrent aux dieux, que le besoin du cœur et de l'esprit, les intérêts, les passions multiplièrent, leurs vertus et leurs vices, leurs qualités et leurs défauts. Ces créations de l'homme avaient sur lui la supériorité de la force, et leurs actes, marqués souvent par les plus misérables passions et la violence, eurent le privilège de rester impunis.
On dut même prendre des précautions pour que leur exemple n'autorisât pas la violation des principes
(1) Voir au Ve chant de V Iliade, Aphrodite et Arès blessés par Diomède.
(2) Iliade, chant XXI. Les dieux se battent et se blessent comme des hommes.