‹ Institutions de SparteChapitre 85 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de la morale naturelle, et Aristote demande (1) que les peintures et les représentations obscènes relatives à l'histoire des dieux soient proscrites. Cette histoire mettait déjà à une assez rude épreuve le bon sens et Fhonnêteté.

Il y avait des divinités d'un rang inférieur, que la riche imagination des Ioniens avait créées avec une variété infinie. Les Nymphes qui habitaient des îles enchantées, celles qui présidaient aux sources et aux frais vallons, ou se réunissaient en chœur sur les flancs et les sommets des montagnes, n'étaient à Sparte l'objet d'aucun honneur public.

Leur vie, sans être immortelle, n'avait que de très lointaines limites. Elles ne devaient cesser d'être qu'après avoir vécu 9620 ans (2). Plutarque, qui fixe gravement ce long terme assigné à ces êtres fortunés, a négligé d'indiquer le point de départ de leur existence.

Le foyer de la famille fut le premier sanctuaire des dieux, sous quelque forme et avec quelques attributs qu'ils fussent honorés. Des autels furent ensuite érigés dans la tribu et dans la cité. C'est là que le peuple portait les offrandes, faisait fumer l'encens, amenait les victimes, chantait les chœurs, exécutait les danses et déployait toutes les magnificences des pompes triomphales. C'est là qu'il allait chercher une protection contre les coups du sort et les injustices des hommes. Zeus Xénios défendait l'étranger, et le coupable , même, s'il parvenait à pénétrer dans l'enceinte sacrée,

(1) Politique, VÏII, 4.

(2) Plutarque. Pourquoi Us oracles ont cessé.

était inviolable. « L'autel des dieux est un refuge pour tous, » dit Euripide (4).

4. Il ne suffisait pas à l'homme d'avoir une idée des dieux; il fallait qu'il les vît, et c'est dans ce but qu'on leur a donné des attributs.

Ces statues ne furent que des rochers, des troncs d'arbre, des pierres remarquables par leur nature, leur couleur ou une singularité quelconque (2). L'art s'y joignit bientôt, et il ne négligea rien pour leur donner une taille ou une beauté digne d'eux.

Callimaque (3) attribue au jeune Apollon la construction, sur les bords charmants du lac d'Ortygie, du premier édifice consacré à renfermer la majesté des dieux.

Sparte, qui n'avait pour ses habitants que des demeures étroites et sans ornements, éleva aux immortels des temples magnifiques, dont le plus célèbre fut celui d'Athéna Ghalciœcos. Gomment les dieux l'auraient-ils favorisée, si elle n'avait prodigué pour eux ses trésors et le génie des artistes étrangers?

Platon (4) dit que les Lacédémoniens s'écartèrent seuls de l'habitude de la Grèce, qui élevait aux dieux des temples magnifiques. G'était peut-être vrai pour les premiers temps. Beulé a montré, parle témoignage de Pausanias et d'ingénieuses inductions, avec combien de richesses, de génie et de goût avaient été élevés et ornés les temples de Sparte (5).

(4) Héraclides, V, 239.

(2) Voir Alf. Maury.

(3) Odes, V, 99.

(4) Ile Alcibiade.

(5) UArt à Sparte.

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