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CHAPITRE V

Elle ne faisait rien sans consulter les dieux. Avant de décider une guerre ou de contracter une alliance, elle envoyait aux sanctuaires de Delphes et de Tempé.

Avant le combat, les généraux sacrifiaient aux Muses. Ils interrogeaient les devins qui les accompagnaient et qu'ils considéraient comme les interprètes des dieux (i).

Apollon Pythien était Tami des Doriens, et il le prouva souvent en favorisant, par ses réponses, la politique de Sparte. Les simples particuliers allaient aussi chercher à pénétrer l'avenir et demander des règles de conduite.

C'est dans ces cas, uniquement, que se révèle une préoccupation morale chez les dieux ou leurs interprètes. Et encore, combien de fois y furent-ils infidèles !

Un Spartiate voulait nier un dépôt : « N'oublie pas, lui répondit la Pythie, que du faux serment naît un fils sans nom, sans mains, sans pieds, qui fond d'un vol rapide, sur le parjure, et ne le quitte qu'après l'avoir détruit, lui, sa maison, sa race. » On voit, au contraire, prospérer les descendants de celui qui a observé religieusement sa parole. Lycurgue avait porté très haut la sainteté du serment.

C'est chez les philosophes seulement que se révèle la nécessité de conformer sa conduite à des règles de morale agréables aux dieux. La vertu consistait, d'une manière exclusive, dans la pratique des devoirs envers l'Etat. C'est Xénophon plutôt qu'Agésilas que nous entendons dans ce passage (2) : Une

(1) V. Plutarque, Aristide.

(2) Agêsilas, W.

maxime qu'il ne cessait de répéter, c'est que, selon lui, les dieux n'aiment pas moins les bonnes actions que les victimes pures, a On pourrait citer dans l'histoire des Grecs et dans celle des Barbares, dit-il ailleurs (1), nombre de faits qui prouvent que les dieux tiennent compte des religieux et des impies. »

La foi à une autre vie, la conviction qu'il y avait des peines et des récompenses pour le bien et le mal n'étaient pas enseignées par les prêtres. Comment la foule y aurait-elle cru? Gomment aurait-elle pensé que le mal caché aux hommes pouvait être atteint parlajustice des dieux? Leur puissance allaitelle jusqu'à pénétrer ce qui se passait dans les cœurs?

5. Les offrandes étaient plus abondantes que recherchées. Plutarque attribue à Lycurgue cette belle parole : a Nous offrons des choses communes , afin d'avoir, tous les jours, le moyen d'honorer les dieux. »

Cet honneur privé ou public avait pour principe la crainte. On redoutait la colère des dieux, on ne les aimait pas. Leur faveur n'était pas acquise par une vie pure, par la pratique habituelle ou héroïque de la vertu. Il suffisait que ce qui avait été traditionnellement réglé, fut fidèlement exécuté. L'encens, les offrandes, les victimes, les processions, les fêtes constituaient toute la religion. Le cœur n'y était pour rien. Qu'aurait-il pu aimer chez ces dieux que l'erreur lui imposait, qui ne s'aimaient pas entre eux et n'aimaient pas les hommes?

Barthélémy (2) a dit à ce sujet : « Les objets du

(1) Helléniques.

(2) Voyage d'Anacharsis, XLIX.

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