CHAPITRE V
culte public n'inspirent, à Lacédémone, qu'un profond respect, qu'un silence absolu. On ne s'y permet, à leur égard, ni discussions, ni doutes; adorer les dieux, honorer les héros, voilà l'unique dogme des Spartiates.... Si le culte des Lacédémoniens est, comme celui des autres Grecs, souillé d'erreurs et de préjugés dans la théorie, il est du moins plein de raison et de lumières dans la pratique. » Barthélémy flatte les Spartiates.
Ils n'ornaient pas les temples des dépouilles rapportées de la guerre. La raison qu'ils en donnaient, c'est que des objets enlevés à des gens qui s'étaient laissé vaincre, ne pouvaient être agréables aux dieux, ni exposés aux regards de la jeunesse (1).
Les devins avaient sur l'esprit superstitieux et crédule des Spartiates une influence considérable. Ces personnages étaient sacrés dans toute la Grèce, dès les temps les plus reculés, et Calchas est célèbre. Sparte avait ses devins en titre. Lorsque, au commencement de l'année ou du mois, les rois avaient à faire des sacrifices publics; lorsque, avant une guerre, avant un combat, on offrait de l'encens ou des victimes aux dieux, les devins prononçaient sur tout ce qui touchait à cette manifestation religieuse de la cité (2).
Les écrivains ont manqué à Sparte; ceux de la race Ionienne ignoraient ou dédaignaient ce qui se passait chez les Doriens. Il n'est pas étonnant qu'ils nous laissent dans une ignorance presque complète des choses de la religion.
(1) V. Pltjtarque, Apophthegmes des Lacédémoniens,
(2) Voir Thucydide, V, 54, 55; VI, 69.
Il importe de signaler le silence absolu de Lycurgue sur le culte des, dieux qu'il savait nécessaire à rindividu et à la cité; mais soit qu'il crût que le législateur ne doit point y toucher parce qu'il est la manifestation d'un sentiment antérieur et supérieur, soit qu'il l'ait trouvé constitué de manière à ce qu'une réforme ne fût pas nécessaire, il n'a pris à ce sujet aucune mesure que les historiens nous aient fait connaître.
6. Tous les peuples ont honoré leurs dieux par des cérémonies publiques. Les cités de la Grèce dont la vie était extérieure, devaient, plus que les autres, accorder de l'importance aux fêtes, aux processions, aux jeux, aux intercessions solennelles.
Sparte n'y manqua pas. Si elle ne recherchait pas, comme Athènes, la satisfaction pour les yeux d'un beau spectacle, et pour l'âme, d'une manifestation éclatante de piété, elle ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer à sa gloire en assurant la faveur des dieux.
Elle leur rendait des actions de grâces, apaisait leur colère, sollicitait un bienfait, et veillait à ne point se laisser dépasser dans l'accomplissement de ce devoir pieux.
Voici quelques-unes des fêtes de Sparte ; presque toutes ont à la fois un caractère religieux et politique.
Les Mmacouries ou fête du sang. On fouettait de jeunes garçons sur le tombeau de Pélops ou devant l'autel d'Artémis. Les fils des citoyens étaient seuls admis à cet honneur, et plus tard seulement les enfants des esclaves y prirent part. La prêtresse