CHAPITRE V
l'acropole d'Athènes et racro-Gorinthe à l'entrée du Péloponèse.
Il eût été possible, cependant, de fortifier une des collines sur lesquelles s'étaient répandues les humbles maisons et élevés les nobles édifices de la cité. Mais ce que la nature n'avait point fait, l'art ne le créa pas. (( La citadelle de Sparte n'est pas une colline remarquable par sa hauteur, comme la Cadmée des Thébains et la Larisse des Argiens (4). »
Sparte affectait de dédaigner ce que les autres recherchaient. Toute ressemblance avec une cité étrangère lui aurait paru une diminution de sa propre grandeur. La singularité lui semblait une des conditions de sa supériorité.
La recommandation de ne point fortifier Sparte venait de Lycurgue. Indépendamment de la confiance qu'il avait en la valeur des habitants, on peut penser que l'étendue de la ville, composée de cinq tribus ou villages assez éloignés l'un de l'autre, aurait exigé d'énormes travaux; que le législateur avait voulu soustraire les rois à toute idée ambitieuse qu'eussent pu faire naître les fortifications de la ville où ils résidaient ; qu'il avait enfin tenu à éloigner le théâtre des guerres, une défaite pouvant mettre, malgré ses murailles, une ville à la discrétion du vainqueur. i Toutes ces raisons sont vraisemblables. Mais on aime mieux croire que les Spartiates ne voulaient devoir qu'à leurs bras la défense de leurs foyers. Il semble que ce soit plus digne d'eux et plus conforme à leur organisation militaire.
Sparte cependant n'avait pas à craindre d'invasion
(1) Pausanias, Laconie, XVHI.
soudaine. Longtemps sa pauvreté et sa valeur auraient suffi à la protéger. Elle était défendue à l'est et à l'ouest par de longues chaînes de montagnes. Au nord-ouest, la vallée de l'Earotas était coupée d'accidents qui permettaient à quelques hommes d'en défendre le passage contre une armée.
(( Nous y descendîmes, dit Chateaubriand, par une espèce d'escalier taillé dans le roc, comme celui du mont Borée (1). »
Au nord-est, la vallée de Sellasie est <( une des plus sauvages de la Grèce. » Un peu plus ouverte du côté de la Laconie, elle est presque impraticable dans sa partie supérieure.
La vallée de FEurotas s'élargissait au point où fut bâtie Sparte. Les collines nombreuses s'inclinaient doucement pour former ces plaines que le travail de l'homme rendit fertiles, et où un peuple austère et sobre trouva ce qui suffisait à sa subsistance.
2. Les environs de Sparte étaient loin d'égaler en beauté et en fécondité ceux d'Amyclée, ville qui lui fut bientôt soumise, et qui était, d'après Polybe (2), « le lieu le mieux planté et le plus fertile de la I^aconie. »
Amyclée, dont le nom revient si souvent dans l'histoire de Sparte pour les honneurs rendus à Apollon, son protecteur, était à vingt stades de la cité de Lycurgue, du côté de la mer (3).
Nous connaissons le pays qui environnait Sparte.
(1) Itinéraire, I, p. 62.
(3) La longueur du stade a varié. Le stade olympique, le 8^ du mille romain, était de 184 m. 955.