‹ Institutions de SparteChapitre 92 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Nous voudrions pouvoir nous figurer la ville même où s'est accomplie la tentative la plus audacieuse de constitution dont l'histoire nous ait conservé le souvenir.

Après avoir décrit les hauteurs qui environnent Sparte, Strabon ajoute (1) : «La ville est dans un endroit un peu plus bas ; elle renferme cependant quelques collines dans son enceinte, mais il n'y a point d'eau stagnante; un de ses faubourgs était autrefois couvert d'eau. Voilà pourquoi on l'appelle encore Limnée (2), et le temple de Dionysios, qui est maintenant à sec, était autrefois dans l'eau. » Terpandre l'appelle : la ville aux larges rues, où habite la justice (3).

Pausanias avait vu et étudié Sparte. En suivant sa description à laquelle manquent bien des choses, et qui ne diffère pas essentiellement par sa sécheresse et ses détails de celles des Guides d'aujourd'hui , on peut avoir une idée de cette ville célèbre.

Xénophon a dit, à propos d'Agésilas (4) : « A voir les portes de sa maison, on aurait cru voir celles qu'Aristodémos y avait fait mettre. » Qu'il voulût indiquer ainsi la simplicité primitive ou la vétusté , c'est assez pour faire connaître l'aspect et l'état des habitations des particuliers, puisque celle d'un roi était modeste comme elles.

Cornélius Népos est plus explicite. « Agésilas, dit-il, se contenta de la maison qu'avait habitée Eu-

(1) Livre VIH.

(2) Ac>vY), marais.

(S) Ai'xa supyayuta.

(4) Vie d'Agésilas, VIIÏ, 7.

rysthénès, le père de ses ancêtres. Nul signe de mollesse, nulle trace de luxe; tout, au contraire, respirant l'austérité et l'abstinence. Elle était telle, en effet, qu'elle ne différait en rien de la maison d'un simple particulier, d'un pauvre (1).»

Il n'en était pas de même des édifices publics et des temples des dieux. Il y avait, sous ces deux rapports, à Sparte, une grande magnificence. Si les artistes n'y naissaient pas, on savait les attirer, et si l'or fut longtemps dédaigné par les hommes, on le prodiguait pour les dieux.

L'or vint tard à Sparte et même en Grèce, s'il faut en croire Athénée. Il dit, à propos de la statue d'Apollon Amycléen, qui, d'après Pausanias, avait environ trente coudées de haut (2), que lorsque les Lacédémoniens, maîtres de cette ville, voulurent faire dorer le dieu dont ils mettaient à haut prix la protection, « ils ne trouvèrent pas de l'or dans toute la Grèce, et s'adressèrent à l'oracle de Delphes, qui les renvoya à Crésus, roi de Lydie (3). »

Ces faits se rapporteraient aux premières années du \f siècle, puisque la bataille de Thymbrée, qui mit fin au règne de Crésus, est de 548.

La prise d'Amyclée par les Spartiates est antérieure à la première guerre de Messénie (74-4). La statue dont il est question devait être destinée à un temple nouveau, car le culte d'Apollon est très ancien dans cette ville.

(1) Agésilas, VIL

(2) Laconie, XIX. — La coudée olympique est évaluée à 462 milimètres. La statue aurait eu 13 mètres 86 cent.

(3) Athénée, liv. VL

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