CHAPITRE V
des flûtes, de la lyre et de la cithare (1). )> La raison de cet honneur rendu aux Muses est caractéristique et ne pouvait prévaloir qu'à Sparte.
Derrière le Ghalciœcos est le temple d'Aphrodite Aréia. « On y voit des statues en bois, les plus anciennes qu'il y ait en Grèce. A droite du Ghalciœcos est un Zeus en bronze , la plus ancienne statue qu'on ait faite de ce métal. Elle n'est pas d'une seule pièce, mais composée de parties fabriquées séparément à coups de marteau; elles ont été ensuite ajustées les unes aux autres et fixées ensemble par des clous (2). » (Euvre de Léarchos de Rhégium ou de Dédale luimême, elle rappelle l'enfance de l'art.
Si les Spartiates ne négligeaient rien pour honorer leurs dieux ou leurs héros, ils n'étaient pas artistes. La richesse et la profusion les contentaient plus qu'une exécution parfaite. Ge qui était capital à leurs yeux, c'est que le souvenir d'un grand fait ne fût pas perdu. Qu'importait la manière dont un monument, une colonne, une statue, une pierre le rappelaient?
Vers le Scénoma, théâtre probablement , quoique Pausanias ne le dise pas, on voit la statue d'une femme, Eufyléonis, qui remporta à Olympie le prix de la course des chars à deux chevaux, et vers l'autel d'Athéna, deux statues du roi Pausanias, qui commandait à Platées.
On voit auprès la statue d'Aphrodite Ambologéra, érigée par ordre d'un oracle, et celles du Sommeil et de la Mort, que les Spartiates , sur l'autorité de V Iliade, regardent comme frères.
(1) Pausanias, Laconie, XVIL
(2) Ibid.
Le temple d'Athéna Ophthalmitis fut érigé , dit-on, par Lycurgue, qui, dans une sédition, avait perdu un œil, et serait devenu aveugle sans l'aide de la déesse.
Plus loin est celui de Zeus Ammon, à propos duquel Pausanias dit : « Il paraît que, dans l'origine, les Lacédémoniens étaient de tous les Grecs ceux qui s'adressaient le plus fréquemment à l'oracle de la Libye (1). » 11 est plus probable que la construction du temple remontait à une époque postérieure à Alexandre. Alors seulement les relations de Sparte furent fréquentes avec l'Egypte, et un dieu étranger put s'introduire dans la ville.
Le dernier monument, cité par Pausanias, est le temple d'Artémis Cnagia.
Il est une déesse que l'on ne s'attendait pas à voir honorée à Sparte, la cité guerrière : c'est la Peur, Pausanias n'en dit rien. Plutarque (2) en parle ainsi : <( Outre le temple dédié à la Peur, les Lacédémoniens en ont d'autres, consacrés à la Mort^ aux Ris et à d'autres passions. Ils adorent la Peur, non qu'ils la croient nuisible comme ces génies malfaisants qui sont en horreur, mais parce qu'ils la regardent comme un des liens les plus puissants des sociétés politiques. »
Il serait assez difficile de se rendre compte de cette raison, si Ton ne savait que tout est contradiction dans le paganisme. Il faut ajouter que ce temple était habituellement fermé.
Nous ne savons rien ni dé l'étendue, ni de la
(1) Laconie, XVIIl.
(2) Agis, XXXII.