DES LETTRES DE MARQUE
quelle se conduisent la plupart des. corsaires; les vexations qu'ils font éprouver aux neutres, et les querelles très sérieuses qu'ils provoquent :pour s'en convaincre, on n'a qu'à faire le relevé de tous les réglemens que toutes les puissances font pour les contenir, ainsi qiie des contestations dont les amirautés sont surchargées. Les nations ne s'éclaireront-elles jamais sur ce genre de brigandage ! Cependant elles ont toutes intérêt à l'abolir, et elles y gagneraient les hommes de mer que la course absorbe.
Les prisonniers que font les corsaires appartiennent à l'état; ainsi ils ne peuvent point en disposer : ils doivent les amener dans un port de leur pays , même, s'il se peut, dans celui de l'armement. Si le défaut de vivres ou d'autres causes majeures les forcent de s'en débarrasser, ils peuvent les déposer ou sur un bâtiment neutre , ou sur terre neutre , en prenant leur parole de se considérer et de se déclarer à leur gouvernement comme prisonniers. Si la position du corsaire est telle qu'il ne puisse ni déposer, ni conserver ses prisonniers, sans doute les lois de la guerre et même
;;i LIVRK Hi, CHAPITRE XV.
le principe de propre conservation l'autorisent à les faire périr : mais si la nécessité la plus absolue de cette mesure extrême n'est point démontrée, elle ne saurait être trop rigoureusement punie. Les corsaires, généralement peu scrupuleux , et ne se piquant guère de générosité et d'humanité, ont besoin d'être contenus par les lois les plus sévères.