‹ Institutions du droit de la nature et des gensChapitre 42 sur 102 · LIVRE II!, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE II!, CHAPITRE XIX

main armée; d'un autre côté, lors même que les choses sont négativement communes, c'està-dire que tous peuvent en jouir, et qu'elles n'appartiennent à personne, celui qui les occupe n'en est le maître que durant le temps de son occupation. Ainsi, en remontant même jusqu'au monde primitif, une nation ne saurait être censée avoir abandonné un domaine qu'elle occupe , et la dépossession violente ne saurait être considérée comme une déréliction ; ce domaine ne peut donc point, même en temps de guerre, être considéré comme res nullius; car la guerre ne détruit point les droits naturels de l'homme, et ceux des nations ne sont point autre chose, à moins qu'on ne place les nations hors de la nature.

Outre que ce dernier principe est erroné en lui-même, et qu'il est une des plus grandes absurdités qu'on ait jamais enseignées, il est très dangereux dans ses conséquences : en effet, il ouvre un champ sans bornes à l'ambition, il autorise tous les brigandages, il rend les guerres interminables tant qu'il reste quelque espoir de conquérir, d'envahir, de détruire. Les auteurs qui soutiennent le principe que nous combattons, décèlent eux-mêmes l'embarras qu'il leur cause lorsqu'ils parlent

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des conquêtes et des moyens de faire la paix; lorsqu'ils prêchent la justice, la modération; lorsqu'ils indiquent les bases d'après lesquelles deux nations en guerre doivent se réconcilier. S'ils ne mettaient pas à l'abandon les domaines , s'ils n'attribuaient pas au vainqueur un droit illimité de conquérir et de conserver, certes il serait plus facile de terminer les différens, parce que les conquêtes auraient des bornes, comme en ont les offenses; et ces bornes en mettraient à la guerre, en restreignant les espérances de l'avidité et de l'ambition.

Je termine cet article par une observation digne d'être prise en considération. Tout dans la pratique est égal entre deux nations en guerre; tous les principes leur sont communs. Ainsi les domaines de la nation qui fait une guerre juste, nécessaire, sont à la merci delà nation ennemie, qui est auteur de l'injustice et de la guerre; c'est-à-dire que tout ce qui appartient à la première peut être envahi et conservé; ce sera la fortune seule qui servira de juge, qui légitimera les spoliations; et les principes éternels de la justice doivent être renvoyés à la perfection idéale de Platon.

Sans doute rien n'est moins respecté dans la pratique que les principes que nous venons

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