‹ Institutions du droit de la nature et des gensChapitre 50 sur 102 · DE LA PAIX · texte numérisé non relu

DE LA PAIX

est des bornes qu'il ne peut dépasser sans danger, ou au moins sans être accusé d'impré* voyance, sans porter atteinte à sa réputation, sans détruire la confiance qu'il doit être si jaloux d'établir, sans être regardé comme l'ennemi du repos public, et souvent sans préparer le germe de nouvelles guerres, qui, en ruinant les peuples, peuvent exposer à de nouveaux hasards sa fortune , sa gloire , et le salut de l'état : illam ipsam fortunam quâ aspirante rem tuam prospère gessisti , verearis *. Pour demeurer invariablement dans de justes bornes, un gouvernement sage et prévoyant n'a qu'à se placer devant des arbitres impartiaux, et les interroger de bonne foi; certes il ne se trompera point sur leur réponse : c'est cette réponse présumée qui doit lui servir de guide ; et ce guide ne l'égarera point. Mais s'il le quitte pours'abandonner sans frein à son ambition , à ses vues exagérées , à un faux système politique, il pourra sans doute faire de vastes conquêtes ; mais elles seront désavouées, ces conquêtes, par la justice, par la saine raison, par la sagesse, par le véritable intérêt national (39). Je ne porte

* Q. CCRT.,liv.III.

lOO LIVRE 111, CHAPITRE XXI.

pas plus Join mes observations sur cette importante matière , parce que je m'écarterais de mon sujet.

Ainsi, lorsqu'il s'agit de paix, lorsque le vainqueur la veut sérieusement, lorsqu'il ne déguise pas son ambition sans bornes sous le masque de la modération et de l'humanité; lorsqu'enfiu il veut une paix juste et durable, je ïe répète, la première chose qu'il doit considérer, c'est le motif même de la guerre; ce doit être là la base fondamentale des ouvertures et des négociations. Toutefois il est permis au vainqueur qui a soutenu une guerre juste, d'aller au-delà de cette limite; il peut profiter de ses avantages pour châtier un ennemi injuste, malfaisant, ou qui s'obstinerait à refuser la paix à des conditions raisonnables; il peut même chercher ses convenances. Mais que cet article des convenances est délicat ! Qu'il est facile de se laisser égarer, et de sortir des bornes de la raison naturelle, de même que des règles que prescrivent la prudence et l'intérêt bien entendu de l'état.

Quant au souverain pour qui les événemens de la guerre sont malheureux , qui voit peu de chances pour réparer ses revers, ou qui en voit qui exigeraient des efforts ruineux.

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