‹ Institutions du droit de la nature et des gensChapitre 6 sur 102 · I(> LIVRE UI, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

I(> LIVRE UI, CHAPITRE IV

On ordonne aussi quelquefois le pillage d'une ville non assiégée et même d'un village: pareille mesure a lieu lorsque les habitans, au lieu de se tenir tranquilles , ont cherché à nuire à l'ennemi, soit ente trahissant, soit en prenant les armes sans aucune autorisation, soit enfin en maltraitant des soldats ou des malades. En pareil cas, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes du châtiment qu'ils éprouvent. A l'égard du pillage, qui est le fruit de la licence , il ne saurait être compté parmi les choses licites; et un général qui veut maintenir l'ordre et la discipline dans son armée, le punit toujours avec sévérité. « Mais, dit Montluc, il est mal aisé d'y pource voir : car l'avarice du soldat est telle, qu'il « crève souvent sous le faix ne voulant pren- « dre aucune raison en paiement*. »

Quant à Y incendie d'une ville ou d'un village , il dépend des circonstances de la guerre. Un général répond de la sûreté et de la conservation de son armée; il lui importe , de

* Voyez Mémoires de Montluc, liv. I, p. 53.

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plus, de faire tout ce qui est en son pouvoir, soit pour sa garantie, soit pour nuire à l'armée ennemie. Si donc l'incendie est nécessaire pour ce double but, il est licite , et il n'y a aucun reproche fondé à faire au général qui l'ordonne : c'est ainsi qu'on détruit souvent les faubourgs d'une ville assiégée, ainsi que tout ce qui l'environne et gène les opérations des assiégés comme des assiégeans. Mais s'il était possible que les commandans se livrassent à unepareille mesure par un simple caprice, ils seraient, à juste titre, considérés comme des hommes féroces, dignes des plus sévères châtimens. L'histoire a signalé à la postérité l'incendie du Palatinat: il est une tache ineffaçable pour ses auteurs. Frédéric-le-Grand ne s'est pas entièrement lavé de l'incendie des faubourgs de Dresde, durant la guerre de 17 56.

Que dirai-je enfin du poison et de l'assassinat? Peut-on parler de pareils moyens quand il s'agit d'un métier qui demande autant de grandeur d'aine, de magnanimité, de courage? Peut -on supposer qu'un militaire, dont l'honneur est la devise, veuille le perdre par la plus vile, la plus atroce des lâchetés ? Non, 11. 2

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et le seul soupçon est une injure. On a beau dire que la mort d'un seul homme, d'un souverain, d'un général, peut terminer la guerre et conserver la vie à des milliers de soldats. — Je fais observer d'abord que cette conséquence est bien incertaine, car les souverains et les généraux sont remplacés ; et il est plus naturel de supposer que la guerre sera continuée, que de supposer le contraire. Mais raisonnons d'après la nature même des choses.

Vous vous croyez autorisé à empoisonner ou assassiner votre ennemi ; fort bien : vous lui accordez donc le même droit, car tout est égal entre vous. Ainsi il peut de son coté vous faire empoisonner ou assassiner: quelle sera la conséquence pratique de cette faculté réciproque? une inquiétude mortelle et indestructible départ et d'autre; vous craindrez jusqu'à votre ombre ; et le général , à la merci de cent mille hommes qui certes ne sont pas tous irréprochables, comment pourra-t-il remplir son devoir? Placé sur le champ de rhonneur et de la gloire, il devra craindre à chaque pas de rencontrer un traître : il s'est dévoué à la mort les armes à la main ; mais il ne s'est point dévoué aux embûches

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et au fer d'un lâche assassin. Convenons donc que l'assassinat et le poison sont des moyens atroces que la conservation de nous-mêmes ne nécessite point ; qu'il doit augmenter les horreurs de la guerre au lieu de la terminer. J'ajoute que si ce moyen est licite pour terminer une guerre, il l'est aussi pour la prévenir; ainsi le poison et le fer desassassins deviendront le ratio ultima regum, ou plutôt un moyen innocent et ordinaire de la politique.

C'est d'après ce que je viens de dire que j'apprécie l'entreprise tant vantée, tant préconisée de yiutius-Scœvola : on peut trouver soir dévouement louable, mais son objet était un crime. Quant à l'emploi du poison, Alexandre-le- Grand l'a jugé en disant à l'égard de Darius « qu'il était résolu de le poursuivre « à outrance, non plus comme un ennemi de «. bonne guerre, mais comme un empoison- « neuret un assassin ». Alexandre jugea avec la même rigueur Dessus, assassin de Darius. On connait la mémorable réponse qu'on pré^ tend avoir été faite par les consuls romains, au médecin de Pyrrhus , qui leur avait offert d'empoisonner son maître.

Quant à l'empoisonnement des fontaines, des puits, je pense que i'idée n'en saurait y#*

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