UO LIVRE III, CHAPITRE IV
nirà un général; car une pareille extrémité serait un forfait inutile. En effet, il ne détruirait pas par là l'armée qu'il aurait à combattre : son action n'aurait d'autre effet que de faire périr des femmes, des enfans, en un mot des gens sans armes et sans défense.
Détruisez les puits si, par là, vous empêchez votre ennemi de vous poursuivre ; mais ne les empoisonnez point !
Un général ne peut point non plus empoisonner les farines qu'il laisse dans une place qu'il est forcé de rendre ou d'évacuer ; car une pareille mesure serait inutile, elle provoquerait des représailles, et insensiblement on userait à la guerre plus d'arsenic que de poudre. Je fais la même remarque au sujet des armes empoisonnées. Et quel métier serait-ce que celui de la guerre, s'il ne fallait, pour y acquérir delà gloire, qu'être un habile empoisonneur, ou un adroit assassin ! Quel trophée pour un héros !
Il me reste à parler de l'espionnage, des ruses , des stratagèmes , des surprises.
L'espionnage est toléré, souvent même il est nécessaire, parce qu'il importe au chef d'une
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armée de connaître la position et les forces de son ennemi, il est vrai cependant qu'on punit un espion qu'on surprend ; toutefois , c'est plutôt pour effrayer ses semblables que pour punir un crime. Mais si à l'adresse l'espion ajoute la perfidie, il commet une action punissable en elle-même. Au reste, on comprendra facilement que je ne parle pas des espions qui servent l'ennemi en trahissant leur propre pays.
Les ruses , les stratagèmes , les surprises , sont inhérentes au métier de la guerre : comment, sans cela, une armée inférieure ou mal postée pourrait-elle se tirer d'affaire? Quels succès aurait eus Turenne sans cette ressource? Il est certainement olus avantageux à l'humanité qu'un général ait des succès par la ruse, qu'en tuant beaucoup de monde en agissant à force ouverte. Une marche dérobée à l'ennemi, une position prise en lui donnant le change, et qui le force à la retraite, une troupe enlevée par surprise , acquièrent souvent plus de gloire au général, et sont aussi utiles que le serait une victoire achetée par le carnage. Les Romains, dit-on, avaient long-
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temps méprisé de pareilles ressources; mais ils apprirent à leurs dépens, aux Fourches Qaudines , quels en étaient l'importance et l'effet; et Fabius Maximus sut en faire son profit contre Annibal (9).
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