CHAPITRE XLIX
Premier développement des corps organiques.
. § 3oo. JLorsqu^on passe en revue* les diveKes «ubstaiices pierreuses qui forment la croûte .de )a terre, il est impossible de n^étre pas frappé. d^irn phénomène qui s'offre aux yeux de Tobservat^ le plus superficiel ^ c^est de voir dans quelquesunes de ces substances, des empreintes d\animaux et de végétaux, tandis que d'autres pierres en sont constamment privées. On prétend qiie Lehman a été le premier à signaler la différence importante qui existe dans la nature entre les roches qui contiennent des débris ou des empreintes d* êtres organisés , et celles dans lesquelles on ne découvre aucune de ces productions. Avec quelque soin et avec quelque zèle que les na-* turalistes qui ont parcouru les diverses parties du globe , aient examiné . les substances qui forment la soomiité dés montagnes les plus élevées., ou celles que Ton rencontra dans les plus grandes profondeurs où Ton a pu pénétrer jusqu^à présent , il n'y a pas d'exemple qu'on ait trouvé des impressions de corps organiques dans les granits proprement dits ( Voy. § aoo ) ou dans
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les gneiss ou dans les porphyres^ ou généralement dans aucune de ces roches auxquelles où a donné le nom de primitives ^ non-seulemeut parce que , vu leur position , elles doivent s'être consolidées avant les autres ^ mais encore parée que leur formation semble antérieure à tout principe de vie soit animale , sbit végétale. Len premières traces de la vitalité s'observent rarement dans les roches dites de transition ; ce n'est que dans les roches secondaires , qu'on trouve en abondance ^ les empreintes des coquillages qui semblent les premiers êtres organiques qui ont peuplé le globe. Si les roches primitives se sont formées par le moyen de dépositions et de cristallisations opérées dans le fluide aqueux^ pourquoi les corps organiques n'ont-ils pas commencé à se développer avant l'existence de ces roches ou à la même époque ? Le#^ substances terreuses dont elles sont composées , ne contiennent aucun principe contraire à la vitalité, et si quelquefois il s'y trouve des principes vénéneux , ces principes n'y sont pas généralement répandus. Pourquoi donc les germes des corps organiques n'ont-ils pas commencé à se dévelopjpèr dans la mer primitive , quand ces terres , n'en étaient pas encore séparées ^ ou pendant la période de leur précipitation ? Peut-être le fluide qui tenait en dissolution la matière des roches primitives^ avait-il des principef non-seulement
aa INSTITUTIONS GÉOLOGIQUES.
différens de ceux qui se trouvent actuelleroent |i dans les eaux , mais encore contraires à T organisation ? Ce n^est pas toiit ; quelle pouvait être la nature de ces principes ? Le principe en ver- îj tu duquel les roches primitives et leurs parties élémentaires étaient dissoutes et comme suspendues, ètait-il le même que celui qui est nèces-^ saire à la vitalité, laquelle commença à paroître sur le globe, aussitôt que ce priqcipe resta libre et devint actif, ce qui eut lieu après la précipitation et la déposition des substances pierreuses ? Mais c*est ainsi qu^on multiplie les hypothèses et qu on cumule les mystères , sans rien éclaircin
.§ 3oi. Saussure s^ étant proposé ce problème ( V^y* % 606 de ses voyages ), ne trouva d* autre solution que celle de dire , que Tantique océan dans lequel se sont formées les montagnes, ne contenait d^ abord que des élémens sans vie, que peu à peu les germes de^ êtres vivans se sont . formés ou développés au milieu de ses eaux, 4 et que par des gradations qui embrassent une ^ longue série de siècles , leur nombre s^^t accru i et peut-être s'accroîtra encore, à peu près comme ^4 une infusion pure dans le principe , et dépouillée ^ d'êti-eô vivans, produit au bout d'un certain « temps des animalcules qui sont d'abord en petit | nombre, mais dont les espèces se propagent et i se multiplient ,dans une iprogressîon régulière j
jusqu'à un point, déterminé par la nature. Chacun voit r obscurité de cette réponse qui n'est rien moins ..que propre à résoudre le problème proposé. Si donc on peut expliquer la formation des roches primitives indépendamment du concours de Teau^ n'est-il pas plus naturel dfe penser qu'à l'époque de leur consolidation^ fl existait un tel état de choses^ que les coips organique» ne pouvaient pas se développer^ et que la constitution physique de notre planète n'admettait aucune de ces^organisations, animales ou végétales destinées à l'embellir.
g Sc2. Nous ignorons quelle est là plus haute température qui puisse se combiner avec la vita* lité animale ou végétale. Dans les eaux thermales d'Aix, en Savoie , des insectes et de plantes se développent et vivent à la température des 35 à 3d de Réaumur. I>unbar et Hunter dans leur voyage fait en 1 804 , sur le Washita ou Ouachita , fleuve de la Louisiane , observèrent au-dessus de ï'ort- Miro ) place frontière des États-Unis d'Amérique, quelques fontaines dont la température était de 40 à 5o de Réaumur, et dans lesquelles nonseulement végétaient avec des conferves et plantes herbacées, des arbustes et des arbres, mais on y voyait encore des coquilles bivalves. Les observations de Sonnerat et Prévost rapportées par BufFon, tom. 4, pag. 96, édition de Sonnini, sont encore plus singulières. Ces deux voyageur^
2^. IKRITVTIOKS CiOLOGIQUES.
trouvèrent dans File de Luçon ^ oh ruisseau dont Feau à la distance d^une lieue de sa source ^ fa»sait monter le thermomètre de Réaumur à 69 degrés. Les bords de ce ruisseau étaient tapissés l d*un gazon verdoyant: quelques plantes comme Yagnus castus et Yaspalatus , y végétaient a^^t leurs racines dans Feau où Ton voyait nager plusieurs poissons. Adanson trouva des pla&tes toujours verdoyantes dans les sables du Sénégal où le thermomètre de Réaumur marquait 61 j-, et Forster en vit dans File de Tanna ^ à la base d^un volcan où le terrain indiquait au thermomètre de Far. aie ( 79 de Réaumur ) de ten^é* rature. On peut voir sur ce sujet , ce qu^a écrit Lambert dans le Sy&tème du monde , en traitant de la probabilité que les comètes composées de matières différentes de celles que nous connoissons , soient peuplées de corps oi^aniques diffé* ipens de ceux que nous voyons ^ quoique ^ selon les calculs de Newton , la plus grande chaleur de la comète de 1 680 surpassât deux mille fois celle du fer rouge. Il me semMe néanmoins assez dif-» ficile de concevoir des corps organiques d'une nature telle qu'ils puissent résister aux terribles variations de température auxquelles sont sujettes les comètes^ vu Fexcentricité de leur orbite. Si la comète de 1680^ en s* approchant du soleil^ devint deux mille fois plus chaude que le fer jrouge ) elle aura été au moins mille fois plus
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froide que la^ glace dans son plus grand éloignement de cet astre ( Yoy. Buffon ^ Preuves de la théorie de la terre ^ art. % ). Il eut pu cependant arriver que le froid produit par Tèvaporation ou la gazification des fluides^ lorsque la comète s^approcha du soleil , ou que la chaleur résultante du calorique resté libre par suite de la solidification des mêmes fluides , lorsque U comète b^ éloigna du soleil , en eussent modifié la température en la rendant différente de ce qn^elle eut dd être ^ vu la plus grande ou la moindre distance de la comète relativement à ]a masse solaire (^). Il n'est pas vraisemblable que dans notre iglobci^ après sa consolidation, il ait jamais régné un degré de chaleur d'une telle intensité qu'il ait pu réduire tous les fluides à Tétat gazei:^; mais il est probable que le déve^ loppèment des corps organiques commença à une
(l) Rien de si analogue à notre cas que ce que dit La-Place » Système du monde , liv. I , chap. 45. Voici ses propres paroles : « Les nébulosités qui environnent les comètes ^ et les longues j» queues quelles traînent après elles , sont le résultat de la va* » porisation des fluides à leur surface. Le refroidissement qui en 3t est la suite , doit tempérer fezcessive chaleur due à leur » proximité du soleil ; et la condensation des mêmes 'fluides^ >» quand elles Ven éloignent ^ répare en partie la diminution da » chaleur que cet éloignement doit produire ; en sorte que le » double effet de la vaporisation et de la condensation des » fluides , rapproche considérablement les limites de la plUs » grande chaleur et du plus grand froid que les comètes éprou-
a6 nrsTiTUTiONS géologiques.
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époque où la masse terrestre avait encore une température beaucoup plus grande que celle d^aprésent Ç % 3o3. Il me semble que Ton peut à l'aide |^ de ce principe^ donner une explication satisfaisante \ du problème proposé ^ savoir ^ pourquoi dans les ' roches primitives on ne trouve point de résidtn de corps organiques ? G^est parce que la chaleur qtii existait encore dans le globe ^ ne permettait pas le développement de leurs germes. Ce développement commença et s*étendit d^autant plus que la température lui devenait plus favorable. C'est aussi pour cela que la quantité des dépouilles ma\*ine8 fossiles croît dans les roches en : raison que celles-ci s'éloignent de la formation primitive. Elles sont rares dans le calcaire de transition granulaire et luisant , plus . fréquentes dans le calcaire de fracture écailleuse et presque compacte ^ et très-abondantes dans le calcaire stratifié et secondaire. A mesure que la consti-* tution physique de la mer a changé , et qu*élle : s'est rapprochée de celle d'aprésent , non-seule- | ment la quantité des corps organiques marins | s'e^t accrue , mais leurs espèces se sont encore | modifiées. Aussi quelques genres et quelques es- i pèces dont nous trouvons les traces dans les roches i des formations les plus anciennes , manquent-ils i dans les autres roches plus récentes ; et au con- • traire plus • une roche coquillière se rapproche des formations i^écentes ^ plue ses coquilles aont