LIVRE VI. CHAP. LXXXVII
{ Lorsque les cavernes situées dans les lieux main-
^ nant occupés par TAdriatique^ s'écroulèrent, ou
^•qu'il arriva sur le globe quelqu' autre boulever-
^ «emérit qui força la mer à se retirer avec violence
,. de la base des Alpes^ il se forma entre Vérone
^et Viceuce, des amas considérables de vase, dans
^lesquels les poissons qui, n'ayant pu suivre le
cours des eaux, y avaient cherché un asile contre
la fureur des vagues , restèrent emprisonnés.
^'Lorsque les eaux eurent abandonné ce pays, la
vase qui ne tarda pas à se dessécher et à se
r durcir , forma un schiste calcaire fétide, à cause
.^e la matière grasse ou animale qui, y étant
*ir6pandue , fut dans certains endroits assez abon-
^dante pour donner une couleur noire aux faces
de la pierre correspondantes à Fempreinte du
poisson. La multiplicité des veines qu'on observe
dans le schiste marno-bitumineux du Boica, dé-
~~|Dontre son prompt dessèchement, et c'est à la
~~ fréquence des fentes occasionnées par ces veines,
^qu'on doit attribuer la difiEiculté de pouvoir ob-
^tenir des échantillons de grands poissons fossiles
^de cette contrée, qui soient entiers (0. Il est
h (^) Quelques naturalistes ont voulu soutenir que les poissons
àvL Boica furent enveloppés dans d«s amas de cendres provenant
de Téruption de quelque volcan voisin : mais quoiqu'on attribue
.à 'Cette contrée basaltique, une origine volcanico-marine, il est
ji certain que les. poissons fossiles qu* elle renferme ^ sont ensevelis
-. dans un schiste mamo-bitumineuz qui n*a aucun rapport avec
jkt cendfes volcaniques, et que toutes les apparences doivent
ùârc regarder comine le produit d*une boue marine.
454 INSTITUTIONS GEOLOOIQUES.
rare, en effet, de pouvoir retirer des excavations un poisson qui soit d'une grandeur considérable et dans son intégrité , et qui ne se brise eo divers morceaux qu'on est obligé de rassembler et de rejoindre par le moyen d'tui mastic. Si cette opération n'est pas dirigée par une personne intelligente et attentive , il arrive assez souvent que la tête ou la queue d'un poisson est attachée au corps d'un poisson d'une espèce diffibreiite. . ;
§ 534. Mettant de côté l'hypothèse de La^Marck établie sur un déplacement lent et successif de la mer qu'aurait produit une variation dans 11 position de l'axe de la terre lequel s'avance rfgulîèrement vers l'équateur^) examinons l'aatre hypothèse , savoir , celle d'un prompt changement survenu dans la position da même axe^ ce qui aurait occasionné un transport violent de la mer d'un lieu dans un autre, et un change* ment rapide des climats. Ce phénomène aurait pu avoir lieu par l'effet d'une variation dans la position du centre de gravité du globe ^ ce qm userait arrivé dans le cas d'mi écroulement considérable du fond de la mer ou de quelque partie du continent, puisque le déplacement d'une grande masse d'eau joint à celui de cette quantité àt matière qui formait les votites et les parois écroulées de la cavité , a été capable de changer la position du centre de gravité^ celle de l'axe <k
iivwe VI. CHAP» xxxxvH. 455
3 la terre ^ et par conséquent les climats. Si le phé-
? nomène de TAtlantide dont nous avons parlé
1 dans le chapitre XXIII ^ a eu réellement lieu ,
g s'il a existé une époque à laquelle Tocéan a fait
n. tine irruption dans la Méditerranée, qu à laquelle
, cette mer intérieure a déchargé une partie de
^ «es eaux dans Tocéan , en un mot, toutes les
c , fois que dans notre globe il est arrivé quelque
-^ événement extraordinaire qui a fait changer de
position à une grande masse de matière solide
, x>u fluide , il est très-probable que ce déplacement
aura occasionné une déviation dans le centre de
gravité, et produit les révolutions qui devaient
-, «'ensuivre. Cette idée s'étak aussi présentée à
De-Luc, qui, dans ses ^Lettres à Blumenhqch^
pag. 352, dit que « si Ton considère les çonsé-
9 quences statiques du déplacement subit d'une
o» masse telle que cellje de la mer, on verra que
"^ » la vitesse et la direction du mouvemeut des
, 3» parties de cette masse, qui changèrent de pa^
3» rallèle , ne put qu'influer à quelques degrés
> sur la vitesse et la tendance de direction du
» mouvement des parties du globe, où elles ar-
0» rivèrent et furent retenues , et apporter ainsi
-» quelque changement tant dans sou mouvement
3» de rotation , que dans la position des pôles ,
1^ 3» et même dans Tinclinaison de son axe sur le
3» plan de son orbite : et d'un autre côté , le»
» continens «'étant affaissés, et una partie des
^.5.6 INSTITUTIONS GÉOLO&IQUSS.
% eaux de la mer ayant comblé de vastes cavernei yt dans Fintèrieur du globe ^ il ne put quea s> résulter quelque changement dans son ceoùv » de gravité ^ et ainsi dans la direction des fds 3> à plomb en quelques parties de sa surface. • § 535. Mais il convient de faire ici une remarque qui n^a pas échappé à Fauteur que nous venons de citer ^ c^est que ces ebangemens dans le centre de gravité du globe , ue purent être que fort petits; et si Ton voulait les supposer assez considérables pour avoir pu faire varier entièrement les climats, alors comme Jes pays les plus chauds seraient devenus les plus {roids , les régions les plus froides seraient aussi de* venues les plus chaudes, en sorte que dans les pays maintenant les plus froids , on trouverait les dépouilles des corps organiques qm appartiennent aux pays les plus chauds, comme dans les climats aujourd'hui chauds et tempère», on devrait trouver les corps organiques des climats devenus froids , ce qui ne semble pas se vérifier du moins en général. Vers le nord^o^ rencontre toujours les restes des animaux qui vivent aujourd'hui dans les régions les plus méridionales^ et pour découvrir quelques espèces vivantes d'animaux ou de végétaux qui aient quelque ressemblance avec les espèces fossiles ^ il faut avoir recours aux mers les plus lointaines et aux çUmats les plus chauds de la zone torride.
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^ Dans les latitudes septentrionales , dit Kin^an ^ ji entre le 4^.* et le 55/ degrés, on voit des dé- S'pouiiles terrestres et marines des pays mèridiosnaux; mais dans les latitudes australes , on ne ;trou ve point de restes «d^animaux ou de végétaux cdes régions boréales "(Voy. BibL britan.^ tom.'9). -ili^hypothèse d^un changement arrivé dans la position de Taxe de la terre , ne paroît donc pas ^vraisemblable , puisque les phénomènes géolo- ^ giques n'indiquent point une permutation de clie mats , c'est-à-dire que les plus chauds soient de- . Tenus les plus froids, et que les plus froids soient idevenus les plus chauds : tout ce qu'on en peut .déduire, c'est une diminution générale de tem- - pérature,
§ 536. M/ Louis Bertrand dans l'ouvrage qui . a pour titre : Renouvellemens périodiques des con-» tinens terrestres , a proposé une hypothèse fondée .gur celle que Halley avait faite pour expliquer les phénomènes magnétiques. Il regarde la terre comme une sphère creuse contenant un espace vide , dans lequel un globe magnétique peut se mouvoir et se meut effectivement : ce globe ma- ^étique peut être transféré , par l'action d'une comète, du nord au sud, et du sud au nord, et changer la position du centre de gravité du globe. Mais comme cette hypothèse qui peut su£Bure pour plonger sous les eaux de la mer et pour faire ressortir ensuite les différentes parties du globe ^
4S8 INSTITUTIONS CÉOLOGIQUIS.
ne produit point cet effiet snr les contrées voî* sines de Téquateur^ lesquelles présentent tout aoni bien que les autres^ les mêmes phénomènes gécH logiques ^ Tauteur a été obligé de suppléer à te défaut. Par conséquent il suppose ( Voy. sect 60 de Touvrage précité ) que le globe intérieur est divisé du nord au sud en plusieurs côtes ou tranches d^inégales densités ; d'où il suivra que ce corps placé soUs le pôle sud , par exemple , pré^ sentera ses tranches à certaines sections de la voâte terrestre : mais que passant du sud au uord, il ne présentera plus les mêmes tranches aux mêmes sections de la sphère; que soit chance, soit mécanisme ^ ses tranches les plus denses poiupront répondre aux sections de la sphère auxquelles répondaient précédemment ses tranches lei plus rares ^ qu^ainsi les mers qui s^ élevaient jadis sur certaines parties de Téquateur plus que sur d'autres, s* abaissèrent davantage sur les premières que sur les secondes , et que les montagnes équatoriales tout comme les montagnes situées sur les divers parallèles de Téquateur , seront susceptibles d'immersion et d'émersion. M/ De La-Place ( ajoute Bertrand ) dans son traité du flux et reflux , prenant en considération toutes les forces qui agissent constamment sur la mer , démontre que le soleil , la lune , ainsi que la masse et le volume tant de la partie solide que <le la partie liquide du globe et une rotation
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