‹ Institutions géologiquesChapitre 195 sur 203 · LIVRE VI. CHAP. XCIV · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAP. XCIV

j; Alpes 'avec violence. Dans cette grande càtastro- ^ phe, plusieurs roches^ même volumineuses, purent y être transportées par le cours impétueux des eaux, ^ à des distances plus ou moins grandes, selon la ^ niasse , la vitesse et la force impulsive de ces ^ eaux : mais le savant physicien Yenturi dans ua , Mémoire sur quelques phénomènes géologiques^ im- ^ primé à Pavie , en 1817, observe avec raison î qu*un grand gouffre qui s^ouvre sous le fond de ^ la mer , ne peut point donner lieu à des cou^*^ rans impétueux loin de Fendroit où il est situé. ^ Imaginons un long canal plein d^eau soutenue de Fun et Tautre côté par des arrêts artificiels qu'ion puisse enlever subitement. Pendant que la partie du fluide qui est la plus voisine de la nouvelle ouverture , sort du canal avec îm- ^ pétuosité ^ la partie de ce fluide qui en est plus éloignée , accourt avec une vitesse successivement moindre , en sorte que celle qui occupe Fespace le plus distant , ne Tabandonne qu^avec assez de lenteur. Qu*on conçoive donc une immense caverne s^ouvrant tout à coup au-dessous du fond de Tantique mer , et dans le lieu où est maintenant TAdriatique : le fluide voisin du nouveau gouffre aura dû s'y précipiter avec ' impétuosité , et produire tout près de là , un * courant très-rapide. La vitesse de ce courant aura pu s'étendre jusqu'à Vicence , jusqu'à Vérone ^ et i^i Ton veut même un peu plus loin ; oo^is \^

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mer qui occupait les sommités det Alpc« du Mont* Genis^ du Simplon^ etc.^ n^aura abandonné cet plages qu*avec beaucoup de lenteur , et akifs elle n^'aura pas été douée de la force nécessavs pour- transporter de grandes masses pierreuses^ sans compter tes obstacles quelle aurait eo à vaincre à cause de Finégalité du sol et des sinuosités des montagnes.

§ 579. De Luc avec quelques autres géologues a supposé une grande explosion (0 qui a pu avoir lieu dans quelque région souterraine

(i) Cette opinion a été récemment reproduite ayec quelque modification par M.' De Buch 9 dans nm Mémoire la à FÂcadénne royale det aciencet de Berim» tt dont on « donné on ezintfi dans le tom. 7 des Amules de chimie par MM/ Biot et Arago, Janvier 181 8. Uauteur examinant la position dans laquelle te trouvent les blocs de roches primitives sur le Jura > conclud qae leur dispersion est due à nne sorte de projection violente, cl que c'est Je résultat d*un seul coup* Son Mémoire est trèt-inr téi'essant sous un double rapport : d'abord par la révision c|s^ faits relatifs à ce phénomène , faits dont quelques-uns n*a?aient pas été observés par les autres naturalistes ; ensuite par les observations lithologiques qui ont conduit Fauteur à indiquer da» la chaîne du Mont<-BIanc , les lieux d*où a dû partir la projectiiis» Comme le même phénomène , mais beaucoup plus en grand , m répète dans les plaines du nord de TËurope ^ M.' De Buch considère encore ce dernier phénomène comme le résultat d^me révolution du même genre , mais infiniment plus étcndae*, et ^ujours guidé par les observation^ litholpgiquea , il pense qo» ces blocs du Nord peuvent avoir été transportés des montagnes Scandinaves , par^dessus la mer Baltique > comme les blocs des Alpes l'ont été pap-dessus les plaines et les lacs de la Suisse.

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:n;da glabè; et que cette explosion fracassant plum neurs parties de la superficie ^ les lança à des s. dbtances plus ou moins grandes. Le phénomène il des météorolites qui probablement partent de slieax trè^-distans de celui oh ils parviennent^ ipeat donner quelque vraisemblance à cette idée f qui acquiert un plus grand degré de probabilité diaprés rheureuse hypothèse d'Olbers» S'il n'est pas impossible que dans une planète il ne s'opère une explosion d'une telle force que les fragmens de cette planète lancés à des distances énormes dans Pimmensité de l'espace, deviennent des corps planétaires ^ il est bien plus probable d'imaginer une explosion qui ait la- force de lancer à quelques milles certaines parties de la superficie terrestre. On peut voir ce qui a été dit dans le chapitre XIX, sur les explosions des corps planétaires ainsi que sur les causes capables de les produire, et combiner tout cela avec les «expériences de Yolta et de Dalton sur la force élastique des vapeurs. Selon les observations de TVad et de Hausman , les grandes masses de granit éparses dans les plaines entre le Kelsingborg et Tleningen, celles qui couvi*ent les côtes du Seéland , le Mecklenbourg et la Foméranie , sem-^ blent provenir du Smoland , en Suède, au nord de la Scauie, où tout annonce quelque grand bouleversement local qui ne s'est pourtant pas étendu au-delà du nord de l'Europe. Si l'oq

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réussit à combiner les observations et les/aitt, de manière à pouvoir acquérir des notiot» Buf^ fisantes sur Torigine de la dispersion des nunes granitiques dans le Nord ^ on aura un moyea de plus pour expliquer les phénomènes du méme genre relatifs aux autres parties du ^cbe. L^hypofhèse des explosions pourra nous servir à ëclaircir quelques circonstances du phénoiD^e, dont on peut cepeadatit rendre raison d'une manière encore plus simple et plus naturelle.

§ 58o. La présence des grands blocs granidque» qu*on croit provenir de la Suède maintenant séparée par la Baltique^ des contrées oh Ton les trouve épars ^ donna lieu à quelques naturalistes allemands de penser que ces blocs furent transportés par les glaces^ et quMls ont voyagé par-dessus la mer. Cette idée qui d*abord paroît assez bizarre^ a été reproduite depuis peu de temps par MM/ Wrede et Hall ( Voy. £ibl. brit^ tora. 55), et a reçu un nouveau degré de probabilité , des observations et des calculs de M.' Venturi que nous avons déjà cité ( Voy. Venturi, Mémoire sur quelques phénomènes géologiques). Il est certain que le niveau de la mer a été autrefois de II à 12 mille pieds plus élevé qu'il ne l'est à présent. Il n'est pas également certain si ce niveau s'est abaissé peu à peu , ou si ^ comme • cela paroît plus probable ^ il est descendu au pofnt où il est maintenant , par des retraite?

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3* rapides et qui se sont répétées plusieurs fois. Quoiiiiqu^il en soit , nous pourrons toujours admettre H une époque à laquelle le niveau de la mer était ; de cinq à six mille pieds plus élevé qu^aujourd'hui: tt alors dans cette partie des Alpes qui dominait j sur lès eaux ^ et où les neiges pouvaient s* arrêter^ n il y aura eu des glaciers^ comme il y en a actuellement. G*est un fait constant que si Ton . excepte les montagnes volcaniques sujettes à beaucoup de variations^ toutes les autres ont eu autrefois leurs cimes beaucoup plus élevées ( Voy. § 36i ): des blocs de roche, comme cela est toujours arrivé, se seront détachés de ces cimes, et tombant sur les glaciers , s*y seront arrêtés ; puis ils auront été ensevelis sous de nouvelles glaces qui se seront formées ; et enfin lorsque les masses de glace auront commencé de fondre à leur superficie inférieure contiguë à la terre , elles se seront détachées de la montagne , et descendant à sa base , elles seront tombées dans la mer. Là, après avoir flotté pendant quelque temps au gré des vagues (i) , venant à se liquéfier en partie, elles auront coulé à fond avec leur charge , ou s^adossant contre la cime ou la pente de quelque montagne située à fleur d'eau.

(i) Les glaces du Nord, en flottant sur Peau, parviennent assez souvent jusqu'au 46.* degré de latitude , et quelquefoia même s*iq[>prochent davantage de réq[uateur.

eflet y auront dépoté . les pierres. A Vappoi de ce que je viens de dire^ f ajouterai que dans les ouvrages des auteurs qui ont écrit sur les |^ ciers^ on parle de grands ^anias de pierre qu'oa voit au milieu de ces glaciers^ et qui quelque* fois s^élèvent de 3o à ^o pieds au-dessus de la •uperficie de la glace. La plus grande difficulté» et péut*^tre la seule difficulté plausible qu'on puisse faire contre cette hypothèse , c^est celle qu'on déduit du volume qu'il convient de «apposer aux glaces pour pouvoir flotter sur Fêta, quoique chargées du poids des pierres dont oa veut expliquer le transport ; mais Yenturi que nous avons déjà cité^ et quia répondu à tontes les autres objections qu'on peut £Eiire ^ a opposé à celle dont il s'agit ici ^ le calcul suivant Selon Saussure i, § 5^3 ^ les glaciers des Alpes ont ordinairement quatre-vingts^ et quelquefois plus de cent pieds d'épaisseur., plus de deux milles de largeur, et jusqu^à dix milles de longueur. Gomme il se fendent en long et en travers, il n^est pas surprenant qu^Us se divisent en fragmeos de deux cents pieds de long et de tout autant de large. Mais prenons un fragment qui soit d^one moindre dimension ; ne lui donnons que 140 pieds de longueur, autant de largeur^ et soixante d^épaisseur. Parmi les énormes masses de .glace qui se précipitent des sommités des Alpes, un fragment pareil à celui que nous imaginons, oe

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Isera certainement pa« un phénomène bien ex-^

P traordinaire; il présentera un volume de 11^140^000

ifpieda cubiques. Supposons à présent qvC'û ren-

? ferme dans son sein une masse granitique sem-»

blable à la base de la statne de Pierre le grand,

laquelle est de 24 pieds cubiques (0, avec autres

six mille pieds cubiques de pierres moius grandes.

Déduction faite de ces 3o mille pieds cubiques,

y restera un volume de i, 1401^000 pieds cubiques,

qui ne sera formé que de glace. La proportion

entre la gravité spécifique de la glace solide i^ et

celle de Teau douce fondue^ est de 8 : 9 ou 18 : 19

(le degré de congélation et la pureté de la glace

produisent ces variétés de proportion); et comme

Teau marine est plus pesante que Teau douce,

et que la neige des glaciers (Voy. Saussure^ § Su 5)

introduit dans les glaces une grande quantité

d^air^ nous sommes assurés de ne pas nous trom-

per en donnant à la glace dont il s^agit ici,

un J- de légèreté spécifique au-dessus de Teau de

la mer. Il restera donc dans la masse supposée,

9$ mille pieds cubiques de glace qui flotteront

sur Teau de la mer. Chargeons maintenant cette

masse de Se mille pieds cubiques de pierre dont

le poids correspondra à environ 80 mille pieds

cubiques de glace; cette même masse aura encore

(i) B est connu que cette grande maMe de granit fut trouvée Aée- dont un nuiraif trèt^-dkt^t det inontaniea.

tfoUe- dont un nuiraif trèt^-dîM^t det montagne».

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la force d'environ 1 5 mille pieds cubiques d'eaa gelée pour Bumager. Il n'y a donc point de diflt* culte qui nou0 empêche d'admettre des fragmens de- glace ^ qui ^ sans être d'un, volume démesuré, puissent flotter sur la mer, et renfermer «n mèaae temps dans . leur sein , de gros blocs de roche et une grande quantité de pierres.

t § 58i. Un autre phénomène qui a beaucoup de rapport avec celui, dont nous venons de parler^ c'est cette grande quantité de cailloux qa'on trouvé isolés dans quelques parties du globe. Ces cailloux dans l'Italie septentrionale foraient le fond de la plaine de la Lombardie jusqnes à une profondeur très^onsid^able. A Desio, pays situé à dix milles au nord de Milan, M/Amoretti a observé l'excavation d'un puits dans lequel jusqu'à la profondeur de 90 pieds, on ne voit que des cailloux calcaires, gypseux, de granit, de schiste, de serpentine, etc. En France, la plaine dite LorCrau , entre Aix et Arles , en Provence, est très-renommée : cette plaine était encore connue des anciens sous le nom de Cwn^ pus lapideus ou Campus herculeus , par allusion à l'opinion fabuleuse que Jupiter , pour la défense d'Hercule , fit tomber en forme de pluie cette immense quantité de pierres sur les fib de Neptune. Lamanon ( Voy. Journal de physique , tom. 22 ) a cru que les cailloux de cette contrée ont été transportés et déposés par la

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