CHAPITRE LVni
I^es couches pierreuses et terreuses qui se sont
formées dans les^ eaux douces. \^
§ 349« Il résulte de ce que nous avons dit jm* iE qu^ici, que les roches qui composent une partie de ^a la croûte de notre planète^ et qui ont couvert par \^ leur superposition celles qui doivent leur origine à ^ sa première consolidation^ furent produites dansk ^ mer primitive. Cependant à des époques très-posté- ^ rieures , et après que la mer eut occupé divcis lits ^ comme on le verra dans la suite ^ il y eut des circonstances dans lesquelles quelques roches pierreuses se formèrent au milieu de ces eaux que nous appelions douces (') pour les distinguer des eaux marines. On a observé dans plusieurs parties du globe de pareilles substances pierreuses dont par conséquent la formation^ si elle n^a pas été générale , s'est du moins répétée plusieurs fois et dans différentes contrées. Les premiers qui ont traité ce sujets sont Gualandris^ Lamaiton , en France , et Soldani , en Italie. Dès 1776^ Fitalien Gualandris ayant observé dans Targile
(i) Pour indiquer les aubstaaces pierreuses formées dans les eaux douces , on a proposé le mot éléogerUies ( en£uitéea par Icg marais )•
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de Chantilly , deux coaches coquillières , Tune formée de coquilles marines , et Tautre de coquilles fluviatiles mêlées dans la même matière^ fit pressentir aux savans quelles lumières pouvait répandre sur Toryctologie , la recherche de ce phénomène ( Voy. Lettres odiporiques , pag* 167 ). Après lui et en 1 782 , Lamanon insista sur la différence qui se fait remarquer entre les fossiles marins et ceux d^eau douce, et son opinion fdt que les formations gypseuses des environs de Paris et d'Aix en Provence , devaient leur origine aux lacs non salés quUl considérait comme> des restes de Taocien séjour de la mer , lesquels, par un long laps de temps, avaient perdu leur salure à cause dn continuel mélange des eaux pluviales.
§ 35o. Les idées du célèbre Soldani furent beaucoup plus précises. Voici ce qu'il écrivait en 1 798 : Non omnia Betnirke loca ex mari , sed ex Icbçuhus quoque magna ex parte suam sortiuri* tur originem , et hinc plura lacustrià s^el palustria secUmenta suis sœpe donata conchiUis , fréquenter occurrunt ocuUs eorum qui çel leviter iri naturœ contemplatione çersantur. Ad uberius itaque expient dam de conchis marinis dissertationem , agere opus.. est etiam de testis lacuum nativis , itemque defas^ silibus origine lacustrihus et palustribus ( Voy. là Préface , tom. a de Fouvrage intitulé : Testaceô* grapbia ac zoophitographia parva et microscopica )« En e£fet ^ dans la seconde section de ce volume ^
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Soldani traite fort au ]ong de plusieurs terrah» de la Toscane ^ dont la formation résulte de dép6t8 d*eau douce ainsi que cela est démontré par les coquilles fluviatiles qu'on y trouve} et il est à remarquer que parmi les terrains de la Toscane qui appartiennent à cette fonnadon, est surtout comprise la province du Val d'Arno ^ supérieur i) laquelle abonde en os fossiles d'été* lut phaus et d'autres grands animaux qui habitent ar volontiers près des fleuves et des grands laci. ar Du reste ^ malgré les écrits des trois savans na« ita turalistes que nous venons de nommer ^ l'objet jtr qui nous occupe avait été négligé par les géo- !Ïe logues ^ jusqu'à ce que Brongniart a cru de- il voir appeler leur attention sur un phénomène si ^ intéressant^ et maintenant à mesure que les observations se multiplient ^ les formations d'eau douce deviennent plus fréquentes et plus étendues i, en sorte qu'on commence à reçoivjoftre qu'elles constituent une masse considérable parmi les matériaux de la superficie terrestre. Cette partie de la géologie , bien qu'encore nouvelle, se perfectionnera toujours de plus en plus à pro^ portion qu'on acquerra des connoissances plus précises et plus exactes sur les coquilles terrestres et fluviatiles qui accompagnent les formations d'eau douce.
§ 35i. Brongniart pense que les substances pierreuses qui composent le grand bassin dans
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lequel est située la ^ ville de Paris, appartiennent à la formation d^eau douce , et que leurs dépositions ont eu lieu à deux époques distinctes et séparées entr^elles par une formation marine très-grande (0. MM/ de La«Métherié et Brard se sont opposés à cette opinion. Il ne m* appartient pas de prendre parti dans une cause qui s*agite entre des personnes si instruites en histoire naturelle , et dont la décision dépend en grande partie.de Tobservation des phénomènes que présente le sol qu*ils habitent , et qu^ils peuvent vérifier journellement. Je me bornerai donc à faire observer, i.^ que suivant les expériences de Beudant qui sont les plus récentes , et dont je parlerai dans la suite, il y a bien des raisons de croire que la même eau soit douce , soit salée au degré des eaux de la mer , peut nourrir à la fois des animaux qui vivent habituellement dans les eaux douces, et d'autres animaux qui se trouvent ordinairement dans nos mers. Or si Ton supposait qu*à une époque quelconque, il a existé dans la nature une pareille circonstance, il ne serait pas bien difficile d'expliquer comment dans une même couche terreuse , on peut trouver des coquilles marines et fluviatiles ; a.^ qu'il
(i) En Angleterre dans l'île de Wight, on a aussi observé une couche formée de dépositions marines, qui a son gisement «n milieu de deux couches composées de dépositions et de co-« ^Ues d^eau douce ( Voy. le tableau qui a pour titre : Ordre de superposition des couches dans les îles britaruUquesy
lAO INSTITUTIONS GÉOLOGIQUES,
est certain que comme les fleuves qui ont leur embouchure dans la mer , emportent avec eus les substances terreuses quMls rencontrent, on peut soupçonner que les corps organiques soit animaux, soit végétaux, qui se trouvent dam P^ les couches des formations récentes , sont des i» substances qui ont été transportées de lieux fort ^ distans de ces couches. Le savant naturaliste 3o Banieri a observé dans les lagunes vénitiennes ^^ beaucoup . de dépouilles des coquilles terrestres ^ < enveloppées dans le limon de ce marécage ma- '^ ritime ; et certainement ces coquilles avaient pris ^ naissance et leur accroissement bien loin de là, ;
et y avaient été transportées et déposées par les I eaux des fleuves et des torrens qui viennent s'y perdre.
§ 35^. Considérons pour un moment le Pô: ce fleuve et les différentes rivières qui s'y jettent , parcourent le Piémont, la Lombardie et une partie des Apennins de Tlcalie septentrionale. Chaque année la ligne du Pô s'avance dans la mer d'environ I20 mètres, et ses dépositions s'étendent à plus de mille mètres de la plage. Supposons que seulement depuis deux mille ans, les eaux du Pô ont pris la direction qu'elles ont à présent , néanmoins changeant quelquefois de lit dans quelques lieux. Quel immense amas de substances terrestres et marines ne se sera-t-ril pas formé dans cette partie de l'Adriatique qui avoisine
inru nr. ghap. lyhi. lai
Fanbotichure du fleuve ? Et si jamais . le lit aci fuel de l'Adriatique venait à changer, en sorte que les. eaux prissent une situation différente, quelle vaste extension de terre pourrait se découvrir un jour , dans laquelle les dépositions marines seraient mêlées avec les dépositions ter* restres? Jadis le P6 était sujet à des crues ex- [ traordinaires dont on a conservé la mémoire, i qui se renouvellaient à des intervalles de ^o à - So ans, et qui malheureusement pour nous sont :î nuiintehant devenues beaucoup plus fréquenteK, t parce que , comme il y a lieu de le croire , on L, a inconsidérément dépouillé les montagnes de leurs bois; Dans chacune de ces crues, le P6 aura transporté à la mer de grands amas de corps organiques terrestres et fluviatiles, et la mer aura eu Tespace de 4^ à 5o ans, pour couvrir ces amas de ses dépositions. Mais il est une. autre remarque qu'il importe de faire , c^est que-, toutes les substances organiques qui sont maitilenant transportées avec les terres et déposées dans la mer par le Pô , n'appartiennent pas aux espèces qui existent actuellement parmi nous: le sol du Piémont et celui de la Lombar*die abondent en coquilles, en corps maiîns fos* ailes et en os fossiles de grands quadrupèdes 4 comme éléphans, mastodontes, rhinocéros, élans, bœufs de- grandeur démesurée, et autres animaux dont les espèces n'existent plus dans ces pays;
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ces dépouilles se trouvant mêlées avec celles des corps organiques des espèces actuellement exWtantes, on croira peut-^tre un jour que les unes et les autres sont contemporaines et ont habité le même sol , quoiqu'un long intervalle de siècke U sépare les époques de leur existence. ^
% 353. Malgré ces réflexions, on ne doit pas te ^ dissimuler que Texistence des terrains d^eau douce ||est confirmée par tant d'observations qu'on ne ^jpeut plus raisonnablement la révoquer en douter ig De pareils terrains , outre ceux de la Toscane ^ décrits par Soldani , ont été reconnus par Omalius de Halloy dans le département du Cher, dam diverses lieux compris entre les montagnes TAuvergne et les plaines de la Champagne de la Picardie ( Voy. Journal des mines, n.* 187), jj comme aussi en Toscane , aux environs d'Ulm^ | au commencement des vastes plaines du Danube, ^ dans les états de T^ittemberg; par Brongniart |, dans la Limagne d'Auvergne ( Voy. Annales du j musée , tom. 1 5 , pag. 392 ) ; par D' Audebord de Ferrusac dans les départemens du Tarn , du Lot : et de la Garonne ( Voy, Annales du musée , vol. 19 , pag. 242 ) ; par Bigot de Morogues dans lee environs d'Orléans ; par Bosc proche de Moulins; par Beudant au voisinage de Vaucluse ; par Fabre Biguet près Valence ; par Menard de la Groye aux alentours de Mans ; et par Fassinge dans les départemens de la Loire et de la haute Loire.