CHAPITRE LXIL
Il n'est pas vndsemhlahlo que les momagnes aient été soulevées par Vax:tion des feux souterrains.
§ 370. Lazare Moro et Hutton ont . attribué à. la violence des feux souterrains, le soulèvement des couches de la terre et le bouleversement de sa superficie ; mais les difficultés que cette opinion présente d* abord à Tesprit, sont, i.® que les feux souterrains dont nous pouvons counoître la manière d'agir, et calculer la force diaprés ^ les effets qu'ils produisent, ne paroissent pas être des causes . proportionnées aux phénomènes dont il s*agit . ici. La chaîne des Alpes a environ six mille. lieues carrées de superficie: quelle serait la force volcanique capable de soulever cette énorme masse de matière sans la rompre dans toutes les directions? Plusieurs volcans voisins pourront bien par leurs diverses éruptions former des montagnes considérables; mais nous ne saurions nous faire une idée d^une activité volca^ nique assez intense pour soulever de pareilles chaînes de montagnes ; 2..^ que dans la plupart des grandes chaînes de montagnes , si Ton excepte celles de TAmérique, on ne remarque aucune trace de feux volcaniques* La chaîne des Alpes
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qui est pcnt-étre celle qui a été examinée avec le plus de soin, n^offre aucun vestige de volcads; on voit seulement à sa base méridionale, la ligne des monts Berici et Euganéens qui , suivant les je Vemériens , appartiennent à la formation trap- )i péenne , et que je regarde comme des restes ja des plus anciens volcans éteints , qui , s^étant allumés au milieu des eaux de la mer, mêlèrent it leurs éruptions aux dépositions de cette mer. A li cette ligne qui s^étend probablement dans le Tyrôlf k appartient, ce me semble, la vallée deFassa(0, célèbre par ses beaux produits. Mais il n*y a an- n cun indice que cette série de volcans éteints se w propage dans Fintérieur de la chaîne alpine; 3.^ i^ qu*un soulèvement produit par une cause qui faurait agi de bas en haut, comme Faction d^on ii feu souterrain, aurait dû renverser et disperser ' lés parties supérieures des montagnes dans la pla- ; part desquelles on ne remarque néanmoins aucune trace de bouleversement. Pour abréger, je passe ' sous silence beaucoup d* autres raisons que je pourrais indiquer ici; mais comme cette doctrine a été principalement avancée par Tilhistre 1?al- * las, il ne sera pas inutile d'examiner les idées de i ■ î
(i) Le savant Brocchi noua a fait connoître par un Mémoitt très-instructif, cette intéressante contrée. Il n*a rien laissé à délirer pour ce qui rbgarde la partie oryctologique ; mais relad- Tetbent à quelques théories géologiques , je suis certain qu'il à inaiatenant adopté des pnncipea bien diffiérens.
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ce naturaliste; elles se réduisent aux principes suiyans :
% 371. i.^ Il fut un temps où les hautes chatnea
granitiques formaient des îles à la superficie deè
«aux que n* arrivaient pas jusqu^au sommet de
ces hautes chaînes.
2.^ La décomposition du granit produisit les eables quartzeux, spathiques et micacés qui unis ma grès et en schistes , formèrent les anciennes <:haînes«
3.^ La mer transportâmes matières légères^ combustibles et ferrugineuses produites par la dissolution des animaux et des végétaux dont elle était peuplée-, et en les déposant dans les couches qui se formèrent sur le granit, elle pro» duisit les amas de pyrites d*où résultèrent les volcans qui s^allumèrent dans . diverses parties du globe.
4*^ Ces antiques volcans dont les traces ont été effacées par le cours de siècles innombrables, renversèrent les couches déjà consolidées par le temps , et produisirent les premières montagnes de la série schisteuse et ces montagnes calcaires qui ont une roche solide et sans pétrifications. Alors se formèrent les cavernes et les fentes qui furent postérieurement remplies par diverses mà^ tierce , même métalliques. Ces opérations des volcans continuèrent en différens endroits , spé-* cialement dans le voisinage et dans le fond de
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la mer : c^eet à leur force qu^il faut attribuer U production des îles et peut-être même le soulè^ Yement de ces énormes alpes calcaires de TEurope qui étaient jadis des écueils de corail et des bancs. de coquilles.
5.^ Les terres produites sur les montagnes tant par la décomposition du granit et des autres pierres que par la destruction des plantes et des, animaux ^ et les fragmens des roches transportèt ti. par les torrens, accroissaient Fétendue de la term k en faisant reculer la mer qui était souvent encore » forcée de se retirer par quelque volcan qui s'enflammait. Cette diminution des montagnes jointe à la consommation probable des eaux , n^aurait pas suffi pour mettre à sec les couches marines de nos collines maintenant très-éloignées de la mer»
6.*^ Pendant qu^une grande étendue de pays à la base des anciennes chaînes , était peuplée i d'animaux et couverte de forêts , il dut s'opérer dans le globe de nombreuses convulsions suivies d'éruptions gigantesques, qui, partant du fond de < la mer, soulevèrent les flots et les forcèrent à venir avec violence inonder une grande partie des terres habitées et même les montagnes les plus élevées. En même temps s'ouvrirent dans Tinté' i rieur du globe d'immenses cavernes où une partie des eaux de la mer se déchargea. La mer n'a pas couvert les plus hautes cimes des montagnes; une masse d'eau nécessaire pour siu^passer de. telles
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hauteurs sur la superficie du globe^ n^aurait pas un espace suffisant dans Tintérieur de cette sphère , quand bien même on voudrait la supposer pleine de cavernes.
7.® Enfin Pallas d'après les observations de Jussieu sur les plantes indiennes que Ton trouve dans les ardoises d^Europe^ a conclu que Tinondation qui transporta ces plantes ^ dut venir du fud ou dé Tocèan des Indes ^ ce qui est prouvé par les restes des animaux terrestres qu'on rencontre dans les terres arctiques et qui ne vivent qu'entre les tropiques. Dans tout Tarchipel des Indes depuis l'Afrique jusqu'au Japon et aux terres australes , on découvre des traces de volcans , et ceux qui y subsistent encore sont les plus grands et les plus furieux du monde connu. La première éruption de ces feux qui soulevèrent le fond d'une mer très-profonde , et donnèrent naissance aux îles de la Sonde^.aux Moluques et à une partie des Philippines et des terres australes, dut pousser une immense masse d'eau, qui, heurtant contre la barrière que lui opposaient au nord les chaînes unies de l'Asie et de l'Europe, et pressée par les vagues qui se succédaient , causa des bouleversemens et d'énormes ouvertures dans les terres basses , et surmontant les parties le moins élevées de la chaîne, y déposa et ensevelit, sans aucun ordre, les fragmens des arbres et des' grands animaux, enveloppés dani^ ces désastres.
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§ 372. TeHes sont les idées de ce célèbre géo-^ logue sur rorigine des montagnes et sur les causes qui ont produit les bouleyersemens et les irrégularités de la superficie terrestre. Pour ne pas répéter ce que fai déjà dit^ je mettrai à Fécart ces difficultés qu'on peut élever contre toute hypothèse dans laquelle on suppose des soulè- Temens et des bouleversemens postérieurs à la consolidation de la croûte du globe , et je me \ bornerai à faire quelques courtes réflexions sur jr les principales propositions de M/ Pallas.
On pourra , si Fou veut , rapporter la formation des grès et des schistes aux sables qoi sont le produit de la décomposition des granits; mais il ne me paroît pas probable que cette doctrine soit susceptible d'une application générale, et il est bien plus naturel de penser qu'après la cristallisation des roches primitives, il resta beaucoup de substances terreuse«^ qui ne s'étaient point unies dans la cristalUsation générale, et qu'un très-grand nombre d'autres résultèrent de la trituration des parties voisines de la superficie, lesquelles avaient été boursouflées et rendues poreuses par le développement des gaz: ces substances agitées par le mouvement de la mer et par le choc des autres corps, se rompirent;, furent atténuées et réduites en sables , et formèrent ensuite ces roches dans lesquelles au lieu de la force de cristallisation, prédomine