LIVRE V. CHAP. LXV
Khône, du Tesin^ de TAdda, etc. Le premier «ortant d'une des plus larges et profondes vallées ( le Valais ) remplit le bassin du lac Léman ou de Genève ; du second naît le Verbano ou lac Majeur , et du troisième le Lario ou lac dé Côme, Si Ton calcule Timmense quantité de matériaux qui aurait dû être enlevée pour former les vallées tant principales que secondaires qui communiquent aux lacs ^ on verra qu'une pareille fjuantité serait sans comparaison beaucoup plust grande que l'espace occupé par ces lacs. Or siOes ^Vallées avaient été creusées par les eaux de la mer pendant leur retraite ^ celles-ci auraient dû transporter dans la plaine tous les matériaux qui formaient les masses intermédiaires^ les déposer là où leiu: cours était ralenti ^ et par conséquent remplir les cavités^ conservant seulement un lit pour en sortir et continuer leur cours. Ou ne peut pas croire non plus que les matières dont Tenlèvem^nt a laissé un vide qui forme maintenant les vallées des montagnes , aient été répandues sur les plaines , puisque les eaux en sortant ded montagnes, avant de disperser ces matières sur les surfaces planes , auraient dû remplir toutes les cavités et niveler le terrain. Le lac de Genève dans quelques endroits a environ mille pieds de profondeur , et aucuns matériaux n* auraient dû être transportés au-delà d'un gouffre si profond ^ qui par sa position était très-propre
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à recevoir toutes les substances terreuses et pierreuses mêlées avec le fluide. La même réflexion peut s^appliquer aux lacs Lario et Yeriiaiio. Il semble en outre difficile d^ accorder aux eaux dont récoulement n*a lieu que pendant un court espace de temps ^ la force de creuser dejpro* fonds et vastes bassins ^ quoiqu'on ne puisse nier qn^elles ont celle de s^ouvrir un passage lorsque la résistance qu^elles rencontrent doit céder k ^ leur choc^ et ne les oblige' pas à changer de |^ direction. i*
§ 394. D^autres géologues persuadés que noê ^ continens et leurs roches sont le résultat de dè^ positions et de précipitations successives qui M sont opérées dans un fluide ^ c>st^à-dire ^ dans F la mer primitive, ont pensé que pendant que > • les couches pierreuses se formaient , les courans > qui sillonnaient le fond de la mer, y conservèrent toujours leur cours , et empêchèrent fanion et la précipitation de toute matière dans [î la ligne de leur direction , sans cependant mettre obstacle à la formation des couches latérales. Gon* cevons donc que tandis que les couches terreuses X étaient produites par le moyen des dépositions, |^ et que leurs parties étaient encore molles, les > courans les traversaient , emportant avec eux les matériaux nécessaires à la formation des parties centrales. Celles-ci, da«s la supposition que non» venons de faire, manqueraient nécessairement; ii f
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ae resterait que leurs extrémités ou les parties latérales ; et alors la formation des vallées serait contemporaîae de eelle des couches des montagnes. Mais d* abord comment expliquer dans cette hypothèse Forigine de ces vallons circulaires des Alpes et des Pyrénées dont nous avons parlé ci-dessus ? En outi*e plusieurs vallées sont fermées [>ar quelque montagne à Tune de leurs extrémi* rés , et quelquefois même à leurs deux extrémités 9 c^est-à-dire^ au commencement et à la fin. La vallée de Chamouny est fermée à l'extrémité t|ui regarde le nord-est par le col de Balme^ et à celle qui se retourne vers le sud-ouest par la montagne de Vauc^agne. Si les courans de la mer<» dit Saussure , § 678 , avaient formé les vallées ^ ces montagnes ou auraient opposé une barrière insurmontable à ces courans ^ ou auraient dà céder à leur effort: dans Tun et Fautre cas^ Tétat des choses n'existerait pas tel qu'il est. Le phénomène qu'on observe dans la vallée de Chamouny^ à la base septentrionale du Mont-Blanc, se répète à la base méridionale du même mont dans la vallée d'Ëntrèves^ qui^ avec le vallon de Veni^ l'allée Blanche et la vallée de Ferret^ forme une seule vallée de 8 à 9 lieues de longueur. Cette vallée qui se dirige du nord-est au sud** ouest , est fermée au nord-est par le col de Ferret, et au sud-ouest par le col de la Sègne. La chaîne qui borde la vallée au nord, est primitive.
l^ INSTITUTIOKS GÉOLOGIQUES.
c*e8t-à-dire ^ composée de montagaes de granit^ de gneiss, etc.; la méridionale est pareillement |^ de formation primitive, et se compose de roches i| micacées et de gneiss. Le col de la Sègne et celui ^^ de Ferret qui ferment la vallée, soat encore des ^^ montagnes primitives. Enfin le Valais qui est une ''^ grande vallée longitudinale des Alpes , à sa partia ip orientale est fermé par une montagne située au* ^^ dessus de Brieg, et qui ne laissant au Rhôodhc qu^un étroit passage , exclud Tidée de tout e£Eet c produit par les courans de la mer et les grandes i marées , qui auraient certainement empêché ia formation de semblables barrières , et ne les auraient pas laissé subsister si elles eussent été déjà formées.
§ 395. Qu'on observe encore que les géologues qui soutiennent la formation des couches | terrestres par le moyen de dépositions ou de s précipitations opérées dans un fluide, et qui par ^^ conséquent admettent non-seulement la stratîfi- g cation des roches , mais encore leur position ^ horizontale originaire, sont obligés de supposer \ ensuite , comme nous Tavons déjà dit , de nom- ^ breuses révolutions qui en aient altéré la réga- ^ larité primitive et renversé les couches. Or il est L difficile de concevoir comment les vallées dont It ( formation est contemporaine de celle des mêmes ^ couches , purent se conserver au milieu de semr ^ blables convulsions. Si Ton observe sur une carte
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géographique ) une chaîne de montagnes et leurs vallées respectives , on verra que celles-ci forment en grande partie divers systèmes unis et liés entr'eux , et qui sont en rapport avec les chaînes des montagnes correspondantes. Il y a de grandes vallées qui le plus souvent sont voisines dé là partie la plus centrale de la chaîne , et qui se prolongent jusqu^à la plaine: dans celles-ci débou^ dient des vallées moins considérables auxquelles aboutissent de petites vallées et ainsi de suite; en sorte que si par rimagination , on remonte de la plaine vers le sommet des montagnes centrales d^une chaîne de monts ^ on jpourra considérer chaque vallée principale comme un tronc d'où partent plusieurs branches qui se subdivisent Successivement en petits rameaux. Mais une pareille disposition est très-diflFérente de celle que les courans de la mer auraient pu produire. Un courant se divise quelquefois en deux autres courans qui prennent des directions différentes ^ et d'autrefois deux divers courans se rencontrent et se réunissent en un seul courant. Cependant on ne saurait appliquer à la multiplicité et à la disposition des vallées qui accompagnent toujours les grandes chaînes , ni le nombre des courans de la mer ^ ni la manière dont ils peuvent se combiner entr'eux. Lorsque notre globe était en grande partie couvert par les eaux de la mer ^ et que les roches de transition et secondaires se
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formaient, il est probable que les courans coùtrîbuèrent en quelques endroits à en modifier la surface , ainsi que nous Texposerons bientôt, et quMIs laissèrent même quelque trace de leur cours (I) ; mais la disposition et le nombre des Tallèes qui existent danâ les montagnes primitives, ne peuvent s'allier , ce me semble , ni avec le j nombre des courans , ni avec les phénomènes l qu'on y observe. Dans la chaîne des Alpes, lei| vallées les plus longues et les plus importantes . ont la direction longitudinale des montagnes : il y à quelques vallées transversales, mais elles ne sont ni aussi grandes, ni aussi étendues que ks premières, et aucune ne traverse les Alpes dans toute leur largeur. Il paroît donc bien difficile d'imaginer que les courans aient pu diviser de cette manière cette chaîne de montagnes à l'époque de sa formation. [
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(lyDaa» les ouvrages de Saussure , on trouve différens exemples de traces laissées par les courans de l'ancienne mer sur des roches découvertes et coupées à pic , qui font partie de la chaîne des Alpes. On pourrait soupçonner que beaucoup de ces traces qu'on attrihue aux courans , ne sont que des érosions produites par les météores atmosphériques , sur les masses ou les couches les plus tendres y qui interrompent quelquefois la continuité d*uoe roche , et qui ofErent une moindre résistance à la décomposition. Cependant comme je n*ài pas eu occasion de vérifier les faits rapportés par cet auteur, je m'abstiendrai d^ élever le moindre doute sur ce qu*un naturaliste si distingué dit avoir observé.