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CHAPITRE LXVI

Conjectures sur la formation des vallées.

§ 396. M/ De Luc ayant adopté Thypothèse que nos continens et leurs roches ont été fonnès en couches produites par des précipitations successives au moyen de combinaisons chimiques dans un fluide aqueux, imagina qu^il était resté sous les couches un amas de boue couvrant enti^ rement Fassemblage des pulvicules incohérens , qui, dans son système (Voy. §.** i36 et 137), composait la partie la plus interne du globe. H sup- ' posa ensuite que le fluide de cette boue sMnfiltra peu à peu dans la masse des pulvicules , et y produisit des enfoncemens. De cette manière, les montagnes se sont formées par le renversement des couches, et les vallées sont les conséquences de ces catastrophes. Telle est, en abrégé, Thypothèse de ce géologue , comme on peut le voir dans ses Lettres à Blumenbajch. La complication de cette hypothèse suffit pour faire ressortir son invraisemblance ;. et . comme elle est fondée sur le principe des précipitations que j'ai déjà réfuté, je ne mQ crois pas obligé d'en faire: nnexa- ' men particulier. J'observerai seulement qu'on n'y donne aucune raison de cette régularité qui se

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fait remarquer dans la direction des grandes chaînes de montagnes^ ni des rapports qui existent entre leurs vallées. Si les unes et les autres ont été produites par des écroulemens acciden- F tels , elles ne devraient avoir aucune connexion ^ entr^elles, ni aucun aspect de régularité.

§ 397. Gomme nous devons raisonner d'après les idées que nous avons acquises par Tobserva* P tion , et que parmi les forces qui agissent dans \^ Ja nature, nous n'en connoissons aucune tpi^i ait assez d'énergie pour creuser les vallées et former dans les montagnes primitives , ces grands et profonds enfoncemens que nous y voyons, il me paroît très-vraisemblable de penser que ces phénomènes ont accompagné la première consolidation du globe, et que par conséquent on doit les regarder comme des impressions laissées à sa superficie par les causes qui influèrent sur sa con- u .figuration, c'est-^à-dire , par le développement des gaz. Concevons une surface horizontale molle ou fluide , beaucoup de parties de laquelle sont soulevées par l'action de torrens gazeux qui se développent de l'intérieur du corps. L'exhaussement -de quelques-unes des parties au-dessus du niveau général >doit nécessairement produire l'abaissement des parties latérales, à peu près comme nous -voyons se former des vallées au milieu des flots soulevés par les vents. Ceux qui ont eu occasion de visiter les volcans actifs, ont pu observer les

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surfaces des laves refroidies depuis peu , et qui réveillent l'idée d'une mer houleuse : dans ces mrfaces, on voit des parties qui s'élèvent, tandis que d'autres s'abaissent , effet produit par les gaz qui se sont développés dans le sein des laves. Cependant à cette cause, on en doit joindre une autre , et c'est celle des fentes (0 occasionnées par la retraite de la matière terrestre pendant qu'elle se refroidissait et se consolidait. ' Si nous appliquons aux grandes opérations de la nature, ce que nous voyons arriver en petit , il nous sera facile de rendre raison de tous les phénomènes des vallées , d'un côté par les effets que produit le resserrement de la matière, et de Tautre par la manière d'agif des torrens gazeux. Les grands enfoncemens qui proviennent du

(i) Cette cause de la fonnation de quelques vallées n*a pas échappé à la sagacité de Dolomieu.' Voici comme il. s* exprime dans le rapport par lui fait à Tlnstitut de France , de ses voyages dans les Alpes pendant les années S et 6 : « Si quelques-unes de ces » vallées ont été creusées dans le massif m^me de ces montaa» gnes> par une érosion aussi violente qu'active, ce qui est » indiqué par la correspondance des bancs dans les côtés en » perspective, et ce qui est prouvé dans quelques-unes des a» vallées qui descendent du Mont-Rose , par les filons métalliques » qui conservent leur direction en se montrant dans des monta- > gnes opposées , malgré la grande solution de continuité ; les » autres vallées n*ont sûrement point été approfondies à la maa» nière de celles dont je viens de parler : elles doivent leur » naissance à dP énormes fentes, et à l'interçalle qu'ont laissé a» enir^eiUs étinuaenses masses disjointes. ^

resserrement^ sont toujours accompagnés d* autres resserremens latéraux moins considérables. Un torrent gazeux peut quelquefois s^ ouvrir uii pas-^ sage en un lieu resserré; dans ce cas^ il se formera une vallée circulaire: d'autrefois le torrent se dégagera du sein de la matière en sui^ vaut une ligne prolongée, et alors il en résultera L une vallée longitudinale dans laquelle débouche" ront d'autres vallées d'une moindre étendue ^ formées par les torrens latéraux (Voy. § 884); Si Ton formait des modèles en plâtre ou en boi» de quelques courans de laves, et qu'on les plaçât à coté de ceux qui nous viennent de la Suisse et qui représentent quelques parties des Alpes , on remarquerait plusieurs traits de ressemblance entre deux objets si différens ; on verrait dans les uns et dans les autres des linéamens de montagnes , de vallées , de cirques , de pyramides isolées, etc. En considérant les vallées qui accompagnent les chaînes des montagnes primitives^ comme contemporaines de la consolidation de celles-ci, et produites, au moins dans l'origine, par les mêmes causes qui formèrent ces élévations, on se convaincra que ce ne sont point les eaux qui ont creusé les vallées , mais que ce sont au contraire les vallées qui ont influé sur la du-ection des fleuves. Quoique Playfair prévenu en faveur de l'opinion de Hutton , ait soutenu qu'en général les fleuves ont creusé les vallées ,

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