LIVRE V. CHAP. LXVIII. ai
une montagne primitive de schiste micacé , et deux solfatares renfermées dans un porphyre primitif. Les grandes et nombreuses masses de soufre que contiennent les Cordillères ^ gisent dans les roches primitives; on trouve souvent les pyrites dans le marbre de Carrare qui est regardé comme un calcaire primitif, et le soufre, même cristallisé , n^est pas rare dans les cavités de cette pierre : mais la très-grande facilité avec laquelle il 8*en détache au plus petit coup, empêche d^en avoir des échantillons , et il faut voir ce phénomène sur les lieux. Le soufre n^est pas le seul combustible que nous offrent les terrains primitifs , on y trouve encore , suivant le témoignage de plusieurs géologues, Fanthracite ('), substance
(i) L*anthracite appelé autrefois charbon incombustible j parce qa*il brûle dif&cilement , est considéré par plusieurs naturalistes comme appartenant aux terrains primitifs. On le trouve quelquefois cristallisé en prismes exagones comprimés. La substance que les Allemands ont nommée kohlenblende , apjproche de Fanthracite , quoiqu'elle en diffère sous certains rapports. Cependant si Tantbracite se trouve quelquefois dans les terrains primitifs , ce qui du reste ne poroit pas bien démontré, ce n*est pas une raison pour en conclure qu'il appartient exclusivement à ces terrains. bans le Journal de mines , n.* 8 1 , on a inséré un Mémoire de Héricart de Thurry, où sont décrites diverses couches d*an-> tliracite renfermées entre des schistes qui présentent des empreintes de végétaux tapt du çotJk du toit que de celui du mur^ et dont la formation est par conséquent postérieure à l'existence des corps organiques. Brochant, sur l'autorité de Dolomîeu , avait d'abord assuré dans sa Minéralogie^ que l'anthracite appartient
ai 8 INSTITUTIOI^S GÉOLOGIQUES»
d^uae coulem* noir-bleuâtre éclatant ou noir-grisâtre , entièrement opaque , qui a un éclat de^ mi-m ètallique , casée aisément et est tout*à-faic •èche au toucher. Cette substance brûle diffici* lement, et lorsqu'elle est exposée à Faction da feu^ elle ne donne point cette flamme blanche accompagnée d'une fumée noire et épaisse , et d'une odeur bitumineuse que Ton observe dam la combustion des charbons fossiles. Gomme die a été trouvée dans les roches primitives^ il convient de dire que la nature a pu produire une matière charbonneuse sans le secours de la végètation^.ce qui paroît confirmé par l'observation que l'amphibole ( hornblende ) ^ substance qui a son gisement dans les roches primitives , contient f le carbone ( Voy. Playfair , Explication de la\ théorie de ffutton ^ pag. 4^ ) ; et que dans les | mêmes roches primitives^ on a trouvé le carbure j de fer , le graphite ou plombagine. Qu'à l'époque I des formations primitives beaucoup de carbone ^ se soit développé indépendamment de la végétation, c'est ce que démontre la quantité d'acide
uniquement aux terrains primitifs , mais depuis il a changé d^epinion (Voy. Journal des mines ^ n.° i37)* ^^ gisement le plus commun de Tanthracite est dans les roches de transition et spécialement dans la grauwake. Dans le calcaire de transition dn lac de Côme dont nous avons parlé au § SiS, on a encore reconnu quelques très-petites veines de ce dombustîble. Observoof enfin qu^Omalius de Halloy a trouvé Fanthracite dans la rodie calcaire coquillière du département de TOurthe.
LIVBE y. CHAP. LXVIIL aiç
carbonique qui s^est combinée ayec quelques proiluits de ces formations^ comme dans les spaths calcaires qui se trouvent unis aux quartz, dans les cavités des granits et dans les filons de chaux carbonatée subordonnés aux schistes primitifs. Mais abstraction faite de cette considération , il ne me paroît pas nécessaire de recourir à la végétation pour expliquer Torigine de toutes les substances charbonneuses, et je suis persuadé que comme la nature a des moyens pour produire fammoniaque et Tazote indépendamment du rè» gue animal , elle peut aussi former le carbone sans le concours de la végétation. Le diamant n'est qu'un pur carbone, et il n'y a certainement pas de raison qui puisse nous porter à croire que la végétation ait influé sur la production de cette substance. Il me semble donc que la proposition de Menard de la Groye (Voy. Journal de physique^ tom. 8i, pag. 4^) qui regarde comme évident que l'anthracite ne soit qu'un charbon végétal, peut soufiFrir quelque exception, puisque ce combustible n'est nullement bitumineux, que souvent il ne présente aucune trace qui puisse faire soupçonner qu'il a une semblable origine, et qu'il est très-probable qu'on le trouve associé aux roches dont la formation est antérieure à toute organisation. L'anthracite dans son état de pureté , n'est composé que de carbone , mais souvent il contient de la silice ou de l'alumine
aao INSTITUTIONS GÉOLOGIQUES.
OU du fer ; et quel moyen plus facile d'obtenir toutes les combinaisons qu'on peut désirer^ que celui d'imaginer tous les principes élémentaires confusément répandus dans une masse dont toutes les parties sont pénétrées par le calorique qui peut modifier les affinités électives^ d'une infinité de diflFérentes manières ? Le carbone combiné avec Toxigène et le calorique^ produit le gaz acide carbonique; le même principe en s'unissant quel- i quefois à la silice ^ au fer ^ à l'alumine ^ donne naissance à l'anthracite, et réduit à son plus grand degré de pureté , il forme le diamant.